A TUMBERA DI RENNU fête familiale et nustrale
A Tumbera, traduction « période d’abattage porcin », est un moment crucial que les éleveurs attendaient impatiemment autrefois.
A TUMBERA DI RENNU
fête familiale et nustrale
A Tumbera, traduction « période d’abattage porcin », est un moment crucial que les éleveurs attendaient impatiemment autrefois. Tous les ans, début février, un grand rassemblement est organisé par le « Cumitatu di a fiera di Rennu » et la mairie pour « A Tumbera ». Cette année, la foire a encore fait le buzz.
Une foire militante et identitaire
Créée en 1987 par Jocelyne Mattei Fazi, il y a près de quarante ans, cette foire militante avait pour but de promouvoir l’AOP charcuterie dans la région et de transmettre un savoir-faire traditionnel de qualité. Cet événement permettait de mettre en valeur le porc nustrale et des produits qui ne sont pas « d’usine ». Aujourd’hui encore, dans cette région de montagne, cette foire, véritable vitrine de l’expérience et de la compétence, met en valeur, en plus de l’élevage porcin, d’autres produits artisanaux (farine de châtaigne, fromages, miel, huiles, etc.).
Autonomie alimentaire et mémoire collective
À l’heure des grands retournements partout dans le monde sur l’autonomie alimentaire, chez nous, en Corse, A Tumbera di Rennu nous rappelle l’époque où le peuple corse se nourrissait exclusivement de produits de son terroir (châtaigne, viandes de porc, bœuf, brebis, chèvres, produits laitiers, légumes, fruits…). Premièrement parce qu’il n’avait pas d’autre choix, ce qui n’était peut-être pas plus mal, et ensuite parce que la « grande distribution », ce miroir aux alouettes, n’avait pas encore envahi l’île. Les temps changent et, avec l’arrivée des « normes » européennes, l’animal ne finit plus ses jours sur le champ de foire mais à l’abattoir. Pour l’anecdote, il n’y a pas de figatellu l’été : on ne tue pas à la chaleur, la saison d’hiver est plus propice à l’abattage.
Rituels, repas et savoir-faire
Ainsi donc, comme depuis quarante ans, le dimanche 1er février, la messe célébrée par le père Georges à la chapelle Saint-Roch était suivie du repas typiquement corse : la traditionnelle pulenda, préparée par l’équipe du Comitatu à la salle polyvalente de la commune, où la cheminée ronflait en réchauffant les convives. À l’extérieur de la salle, des grillades étaient également proposées. Des artisans ayant installé leur échoppe vendaient leurs produits. Ainsi, les visiteurs profitèrent des vertus gustatives du « roi de la fête », le cochon, sous toutes ses formes. Pour information, la farine de châtaigne provenait de chez Timoteï Mercoury Hardy, le figatellu de José Versini, le brocciu d’Ours-Pierre Alfonsi et de Pierre-Thomas Allegrini, le fromage de Wheatcroft.
Une dimension sociétale oubliée
Rappelons que cette belle rencontre n’avait pas uniquement pour but de se retrouver pour boire et manger. C’était en quelque sorte un devoir de mémoire au regard de notre civilisation, de nos conditions de vie alimentaire, mais également sociétales, qui n’ont plus rien à voir avec celles de nos anciens. Les rencontres d’autrefois avec les agriculteurs, qui venaient parler de leurs problèmes, des progrès et de l’avenir, ont fait défaut. Dommage qu’il n’y ait plus cette proximité et qu’on ne les voie plus qu’au travers des manifestations professionnelles, alors qu’ils sont la clef de voûte de notre système.
Vivre ensemble au cœur du territoire
Dans cet écrin de verdure du Spelunca-Liamone, malgré la pénibilité physique et les difficultés en tous genres, des éleveurs sont toujours actifs et fabriquent d’excellents produits nustrale qui font la fierté de la région. En ce moment magique de A Tumbera, les clivages avaient disparu. Les participants étaient heureux d’être réunis. Beaucoup de jeunes gens étaient présents ; du reste, certains d’entre eux ont réhaussé la fête à la fin du repas en chantant et en jouant de la guitare. Les enfants également s’amusaient comme des fous. Les maires du secteur ainsi que le président du Parc naturel de la Corse, Jacques Costa, honoraient le repas de leur présence.
La vraie vie en société n’est rien d’autre que le partage de la paix et du bonheur. Créer et entretenir des liens permet d’être plus fort dans l’adversité. Même le ciel était à la fête, avec le soleil qui nous avait fait défaut toute la semaine. Bravo à l’équipe du Comitatu qui a réalisé cet excellent repas, et plus particulièrement aux spécialistes de la préparation de la pulenda, dont les muscles ont permis de « touiller » la pâte compacte. Une belle journée, riche d’espoirs et de souvenirs.
A Tumbera di Rennu, plus qu’un symbole, un remède à Alzheimer.
D. Campinchi
Crédits photo : D.Campinchi
A Tumbera, traduction « période d’abattage porcin », est un moment crucial que les éleveurs attendaient impatiemment autrefois. Tous les ans, début février, un grand rassemblement est organisé par le « Cumitatu di a fiera di Rennu » et la mairie pour « A Tumbera ». Cette année, la foire a encore fait le buzz.
Une foire militante et identitaire
Créée en 1987 par Jocelyne Mattei Fazi, il y a près de quarante ans, cette foire militante avait pour but de promouvoir l’AOP charcuterie dans la région et de transmettre un savoir-faire traditionnel de qualité. Cet événement permettait de mettre en valeur le porc nustrale et des produits qui ne sont pas « d’usine ». Aujourd’hui encore, dans cette région de montagne, cette foire, véritable vitrine de l’expérience et de la compétence, met en valeur, en plus de l’élevage porcin, d’autres produits artisanaux (farine de châtaigne, fromages, miel, huiles, etc.).
Autonomie alimentaire et mémoire collective
À l’heure des grands retournements partout dans le monde sur l’autonomie alimentaire, chez nous, en Corse, A Tumbera di Rennu nous rappelle l’époque où le peuple corse se nourrissait exclusivement de produits de son terroir (châtaigne, viandes de porc, bœuf, brebis, chèvres, produits laitiers, légumes, fruits…). Premièrement parce qu’il n’avait pas d’autre choix, ce qui n’était peut-être pas plus mal, et ensuite parce que la « grande distribution », ce miroir aux alouettes, n’avait pas encore envahi l’île. Les temps changent et, avec l’arrivée des « normes » européennes, l’animal ne finit plus ses jours sur le champ de foire mais à l’abattoir. Pour l’anecdote, il n’y a pas de figatellu l’été : on ne tue pas à la chaleur, la saison d’hiver est plus propice à l’abattage.
Rituels, repas et savoir-faire
Ainsi donc, comme depuis quarante ans, le dimanche 1er février, la messe célébrée par le père Georges à la chapelle Saint-Roch était suivie du repas typiquement corse : la traditionnelle pulenda, préparée par l’équipe du Comitatu à la salle polyvalente de la commune, où la cheminée ronflait en réchauffant les convives. À l’extérieur de la salle, des grillades étaient également proposées. Des artisans ayant installé leur échoppe vendaient leurs produits. Ainsi, les visiteurs profitèrent des vertus gustatives du « roi de la fête », le cochon, sous toutes ses formes. Pour information, la farine de châtaigne provenait de chez Timoteï Mercoury Hardy, le figatellu de José Versini, le brocciu d’Ours-Pierre Alfonsi et de Pierre-Thomas Allegrini, le fromage de Wheatcroft.
Une dimension sociétale oubliée
Rappelons que cette belle rencontre n’avait pas uniquement pour but de se retrouver pour boire et manger. C’était en quelque sorte un devoir de mémoire au regard de notre civilisation, de nos conditions de vie alimentaire, mais également sociétales, qui n’ont plus rien à voir avec celles de nos anciens. Les rencontres d’autrefois avec les agriculteurs, qui venaient parler de leurs problèmes, des progrès et de l’avenir, ont fait défaut. Dommage qu’il n’y ait plus cette proximité et qu’on ne les voie plus qu’au travers des manifestations professionnelles, alors qu’ils sont la clef de voûte de notre système.
Vivre ensemble au cœur du territoire
Dans cet écrin de verdure du Spelunca-Liamone, malgré la pénibilité physique et les difficultés en tous genres, des éleveurs sont toujours actifs et fabriquent d’excellents produits nustrale qui font la fierté de la région. En ce moment magique de A Tumbera, les clivages avaient disparu. Les participants étaient heureux d’être réunis. Beaucoup de jeunes gens étaient présents ; du reste, certains d’entre eux ont réhaussé la fête à la fin du repas en chantant et en jouant de la guitare. Les enfants également s’amusaient comme des fous. Les maires du secteur ainsi que le président du Parc naturel de la Corse, Jacques Costa, honoraient le repas de leur présence.
La vraie vie en société n’est rien d’autre que le partage de la paix et du bonheur. Créer et entretenir des liens permet d’être plus fort dans l’adversité. Même le ciel était à la fête, avec le soleil qui nous avait fait défaut toute la semaine. Bravo à l’équipe du Comitatu qui a réalisé cet excellent repas, et plus particulièrement aux spécialistes de la préparation de la pulenda, dont les muscles ont permis de « touiller » la pâte compacte. Une belle journée, riche d’espoirs et de souvenirs.
A Tumbera di Rennu, plus qu’un symbole, un remède à Alzheimer.
D. Campinchi
Crédits photo : D.Campinchi