Zonza — Chronique d’une campagne où la parole promet plus vite que le droit
Regard d’un observateur éloigné.
Zonza — Chronique d’une campagne où la parole promet plus vite que le droit
Regard d’un observateur éloigné. À Zonza, la campagne municipale ne se déroule pas : elle s’étend. Elle descend vers la mer, remonte vers la montagne, et partout elle bute sur le même obstacle invisible — le PLU — que chacun feint de manier comme un outil alors qu’il agit comme un révélateur. Deux paysages, une même illusion.
À la montagne, le discours est grave, presque pastoral. On parle d’équilibre, de transmission, de jeunes qui ne peuvent plus bâtir. Le PLU y est présenté comme une entrave importée, un vêtement taillé trop loin, trop large ou trop étroit.
À la mer, le ton change. Il devient technique, précautionneux, saturé de mots protecteurs : loi, continuité, environnement, sécurité juridique. Là, le PLU est un bouclier — parfois brandi, parfois dissimulé.
Ce qui frappe, ce n’est pas la contradiction : c’est l’aisance avec laquelle on passe de l’un à l’autre. Le même document sert à dire non au village et oui au rivage, ou l’inverse, selon l’heure et le public.
Les promesses qui circulent (et ce qu’elles cachent). « On va rééquilibrer mer et montagne ». Formule reine, phrase-valise. Elle suggère une justice territoriale, mais ne dit rien des moyens. Rééquilibrer, en urbanisme, n’est pas déplacer des poids: c’est rouvrir des procédures, recalculer des zonages, s’exposer à des recours. Personne ne le dit ainsi. On préfère l’image au mécanisme.
« On va corriger les erreurs du PLU ». Ici, le mot « erreur » est précieux : il permet de promettre sans avouer la complexité. Mais une « erreur » de PLU n’est pas une rature. C’est un enchaînement d’actes, d’avis, de délais, de risques. On promet la gomme, on oublie la pile de dossiers dessous. « On va apaiser ». C’est le mensonge le plus doux. Apaiser, en campagne, signifie souvent gagner du temps.
Le conflit n’est pas résolu, il est repoussé après l’élection, là où la parole n’a plus besoin d’être séduisante.
Le grand malentendu communal. La commune entière vit sur une équivoque : chacun parle du PLU comme s’il pouvait être modulé à la main, alors qu’il s’agit d’un système où toucher un point fait vibrer l’ensemble.
• Débloquer en montagne fragilise l’argumentaire de protection ailleurs.
• Rigidifier sur le littoral rejaillit sur les discours d’équité dans les villages.
• Promettre « au cas par cas » prépare des accusations de favoritisme.
Le PLU est une toile d’araignée : on croit tirer un fil discret, tout tremble.
Les figures de la campagne (reconnaissables partout).
• Le Protecteur
• Il parle de paysages, de règles, d’avenir.
• Il oublie de dire qui supporte le poids immédiat de cette protection.
• Le Réparateur
• Il promet de « corriger », « réviser », « ajuster ».
• Il fait comme si la procédure était une simple formalité.
• Le Rassembleur
• Il jure qu’il écoutera tout le monde.
• Il ne dit jamais qui tranchera quand les demandes s’opposeront.
• Le Silencieux
• Il n’est candidat à rien.
• Il sait que, quelle que soit l’issue, le PLU restera.
Ce que l’observateur voit clairement : il n’y a pas, dans cette campagne, un complot ni une imposture générale, il y a mieux — ou pire, une confusion entretenue.
Les promesses ne sont pas fausses : elles sont formulées comme si la lenteur, le droit et le conflit n’existaient pas. Le mensonge n’est pas de dire « nous ferons », il est de taire le prix, le temps et les conséquences.
Épilogue prévisible :
Après l’élection, les affiches disparaîtront, les procédures, elles, resteront. On dira : « Ce n’est pas si simple », « Nous avons découvert des contraintes », « Il faut être responsables. » Et le PLU, ce texte que l’on aura tant invoqué, redeviendra ce qu’il n’a jamais cessé d’être, un héritage lourd, imparfait, mais désormais assumé par ceux qui auront promis de le transformer.
Jean-François Marchi