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Questione agricula : FDSEA-2B et Jeunes Agriculteurs : flammes de la colère et du désarroi

FDSEA-2B et Jeunes Agriculteurs : flammes de la colère et du désarroi

FDSEA-2B et Jeunes Agriculteurs : flammes de la colère et du désarroi



Le 30 janvier dernier, durant plusieurs heures, des militants FDSEA-2B et Jeunes Agriculteurs ont bloqué la circulation dans le centre de Bastia et incendié balles de foin et pneus de part et d’autre du portail d’accès aux locaux de la préfecture de Haute-Corse. Cela s’est déroulé alors que des discussions en présentiel et en visioconférence avaient lieu entre les représentants des deux organisations syndicales et le cabinet de la ministre de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Expression d’une colère et d’un désarroi.


Les militants de la FDSEA-2B (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de Haute-Corse) et des Jeunes Agriculteurs sont très actifs depuis quelques semaines. Au tout début de l’année, quelques-uns d’entre eux ont brièvement occupé les bureaux de la Direction départementale des territoires et de la mer à Bastia. Quelques jours plus tard, plusieurs dizaines d’entre eux ont mené une action plus musclée. Devant l’entrée du bâtiment de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), des tracteurs ont bloqué la circulation automobile alentours, du fumier a été déversé, des bottes de foin ont été incendiées. Pour expliquer ces deux actions, Joseph Colombani, ancien président de la Chambre d’Agriculture de Corse et leader de la FDSEA-2B, a évoqué une absence de réponse de l’État aux demandes d’un contact direct ; des situations humaines difficiles (à la suite de poursuites pour non respect des règles de la Politique Agricole Commune, blocages de dossiers d’aides malgré des « décisions de justice favorables ») ; des revendications dont la satisfaction est, selon la FDSEA-2B et les Jeunes Agriculteurs, nécessaire à la viabilité de nombreuses exploitations (Politique Agricole Commune adaptée aux deux grandes spécificités corses, l’insularité et le relief montagneux ; parité avec les autres régions de montagne pour ce qui concerne l’Indemnité compensatoire de Handicaps Naturels ; simplification et adaptation des normes, notamment environnementales, imposées aux exploitants ; facilitation de l’installation de nouveaux exploitants ; dispositions permettant une plus juste rémunération des productions.
L’action plus musclée a permis à la FDSEA-2B et aux Jeunes Agriculteurs d’obtenir une réunion avec des membres du cabinet de la ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire [en partie en présentiel au ministère, en partie en visioconférence depuis la préfecture de Haute-Corse]. FDSEA-2B et Jeunes Agriculteurs s’étant alors félicités d’une avancée, car, initialement, les autorités leur refusaient une réunion en présentiel, on pouvait raisonnablement croire à un apaisement. Il n’en a rien été. Les deux organisations sont repassées à l’action le jour même des discussions avec le cabinet de la ministre, et ce, avant même que celles-ci aient débuté. Durant plusieurs heures, des dizaines de militants ont bloqué la circulation automobile autour de la préfecture de Haute-Corse et l’accès à celle-ci avec des tracteurs, ainsi qu’avec des balles de foin et des pneus qu’ils ont incendiés. Pourquoi cette radicalisation avant même l’entame des discussions ?
Les manifestants ont certes voulu faire pression. Mais très probablement aussi, la radicalisation a été l’expression d’une colère et d’un désarroi nés d’un sentiment d’être mis sous pression, d’une frustration, d’une crainte de ne pas être entendu.

Sentiment d’être mis sous pression, frustration, crainte de ne pas être entendu.


Un sentiment d’être mis sous pression a sans doute résulté du fait que trois jours avant les discussions, dans le cadre d’une enquête ouverte à la suite d’un rapport de la Chambre régionale des comptes publié au début de l’an passé - document signalant notamment une présomption de dysfonctionnement de la commande publique [favoritisme] entre 2017 et 2024, période durant laquelle la FDSEA était aux commandes - une perquisition a eu lieu dans les locaux de la Chambre régionale d’agriculture.
Une frustration a très probablement résulté d’une annonce, deux jours avant les discussions, que la ministre de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire, avait reçu [il a cependant été indiqué que le rendez-vous avait été fixé depuis plusieurs semaines], le président de la Chambre d’Agriculture de Corse, Jean-Baptiste Arena, et la directrice de l’institution, Hélène Beretti, avec à la clé un belle couverture médiatique, et que de nombreuses promesses avaient alors été faites [dont certaines concernaient des dossiers ou des revendications portées par la FDSEA-2B et les Jeunes agriculteurs depuis des mois].
Il a été promis qu’en avril prochain, la ministre et ses collaborateurs se rendraient en Corse pour, avec la Chambre d’agriculture, traiter les dossiers suivants : prise en compte de la spécificité corse dans le cadre de l’élaboration de la nouvelle Politique Agricole Commune ; travail sur la question des biens sans maître, notamment avec le GIRTEC [Groupement d’intérêt public pour la reconstitution des titres de propriété en Corse], afin d’établir les titres de propriété devant permettre à un agriculteur de sécuriser son foncier pour accéder aux aides ; aides revalorisées et ciblées pour mieux soutenir les filières et les productions ; gouvernance sanitaire État-Région [création d’une Association sanitaire régionale chargée de coordonner la prévention, la surveillance et la gestion des crises pour les filières animales et végétales, de renforcer la traçabilité et les contrôles aux points d’entrée, de positionner la Corse comme une sentinelle sanitaire] ; assouplissement des normes environnementales concernant le défrichement de terrains, ainsi que le curage de fossés et rivières ; attribution au sein de la CTPENAF [Commission territoriale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers] de trois sièges au lieu d’un à la Chambre d’agriculture et d’un siège à la SAFER [Société d’Aménagement foncier et d’Établissement Rural] afin de renforcer la protection des terres agricoles face à l’artificialisation et la spéculation ; meilleure prise en compte des calamités agricoles ; 3,4 M€ alloués au Plan ambition pour 2026 [soutien à l’agriculture corse]. Quant à la crainte de ne pas être entendu, elle a été exprimée devant la préfecture de Haute-Corse.
Les représentants de la FDSEA-2B et des Jeunes Agriculteurs ont en effet indiqué manifester énergiquement pour « soutenir les collègues ayant rendez-vous au ministère de l’Agriculture » et « obtenir des réponses rapides ». La crainte était d’ailleurs justifiée, car, à l’issue de l’entretien entre les syndicalistes FDSEA-2B et Jeunes Agriculteurs et les collaborateurs de la ministre, ces derniers n’ont fait que promettre de « travailler avec les agriculteurs ».

Pierre Corsi
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