• Le doyen de la presse Européenne

31e Rencontres de BD à Bastia 26 – 29 mars Un moment phare, joyeux et grave.

ENTRETIEN AVEC JUANA MACARI, directrice d’Una Volta et de BD à Bastia

31e Rencontres de BD à Bastia 26 – 29 mars
Un moment phare, joyeux et grave.


Tous les ans aux alentours de Pâques, « BD à Bastia » et un moment culturel phare. Un moment construit tout au long de l’année scolaire par des rencontres avec des artistes, par des élèves impliqués dans la manifestation.
Originalité ? La qualité des images et des scénarii. Objectif perdurant depuis plus de trois décennies ? Faire découvrir le livre aux enfants, aux jeunes, sans oublier les adultes.

La réalisation de l’affiche piquante et surréaliste est de Elene Usdin dont sont présentées des planches originales au musée de la ville, incluses dans l’album, « Détroit — Roma ». Couleur fluo sur fond de pollution. Un road-trip accompagné d’une bande-son. Inédit encore des bédéistes finlandais trop méconnus dans l’hexagone et ici. (CF notre précédente édition).

Plusieurs nouveautés sont également au programme. Ainsi les travaux des collégiens exécutés
sous la houlette d’Audrey Spiry, peintre, illustratrice, autrice, durant sa résidence dans nos murs. Ces travaux doivent être exposés au musée de même que deux expositions de l’artiste. Celle-ci doit aussi montrer les travaux faits, à Bastia, pour sa prochaine publication, « Le jardin d’Eden ». Autre initiative peu courante le livre, « Les sourires du vin », né des idées et des passions croisées de Yann Diolo et de Matthias Bourdelier. Un album pour (re) découvrir l’excellence retrouvée du vignoble insulaire.
Très différente l’exposition, « En vie », réalisée par les militants de SOS Méditerranée. Organisation qui a évité la noyade à 43 000 depuis sa création en 2014, en particulier en mer du milieu qui est la plus meurtrière pour les migrants. Mots d’ordre de l’ONG : Sauver. Protéger. Témoigner.
Dans la programmation du festival deux spectacles. L’un imaginé par Audrey Spiry et Ferdinand Doumerc, « Î D’Îles ». Un voyage d’île en île autour d’une réflexion sur le monde, sur le rapport aux autres et à la nature… Seconde proposition de spectacle, celle de Rebecca Dautremer, « Une chose formidable », créé à partir du petit personnage fétiche de l’autrice, prénommé Jaconimus, qui se replonge dans son passé au soir de sa vie. Résultat : un mini-opéra sur une grande amitié. Dans son exposition à Una Volta, l’artiste fait défiler des saynètes drôles où apparaissent copains et copine de Jaconimus.
Jamais vu à Bastia où le manga semblait peu prisé, l’invitation à une mangaka, Camille Broutin, pour sa série, « Yon ». Thème un groupe de jeunes filles soudain prisonnières dans un vieil internat qui doit affronter des créatures voraces.
On va aussi s’attarder sur les planches d’Isabelle Chatellard, autrice avec Hubert Ben Kemoun, du « Grand, très grand tour de manège ». En prime une rétrospective de l’artiste. Impossible non plus de ne pas signaler, « Punk à sein » de Magali Le Huche sur son cancer traité par des dessins dynamiques sur une tonalité qui ne redoute pas l’humour.
… Bien d’autres surprises sont programmées à Una Volta, à L’arsenal, au musée, à la médiathèque de Castagniccia… A ne pas manquer !

Michèle Acquavia-Pache

ENTRETIEN AVEC JUANA MACARI, directrice d’Una Volta et de BD à Bastia

Pourquoi recevoir des artistes en résidence ?
C’est toujours une source d’enrichissement. Car ces artistes invités on les voit au quotidien puisqu’ils restent une semaine ou plus… Source d’enrichissement, ils le sont non seulement pour l’équipe d’Una Volta mais pour les adultes de nos ateliers. Auprès d’eux on découvre des choses fantastiques. Parallèlement on veille constamment à ce qu’ils soient concernés par l’aspect pédagogique de leur résidence. Le service « Cité éducative e Bastia » nous a proposé d’étendre ce dispositif ce que nous avons fait. Pour ma part je fais attention à bien séparer le côté création d’un artiste et le côté pédagogique. Distinguer les deux est à la fois plus productif et plus agréable.

Quels sont les scolaires qui ont travaillé avec les auteurs accueillis ?
Ce sont des collégiens de Saint Joseph dont 70 % sont boursiers et qui éprouvent souvent des difficultés sociales et scolaires. Si on leur donne la priorité, c’est pour qu’ils soient en lien avec le livre et la création. Ils sont en 6è et en 5è. On connait bien leur équipe enseignante qui la capacité de s’adapter aux artistes dans leur processus créatif et dans les matériaux à manipuler.

Quels sont vos critères pour faire venir tel ou tel bédéiste à Bastia ?
Les artistes en résidence doivent apporter des contenus artistiques renouvelés. Travailler de manière différente de leur prédécesseur à Bastia. Il faut aussi qu’ils soient présents aux rencontres de bandes dessinées. Pour les expositions on recherche des univers singuliers et contemporains ainsi qu’une vraie sensibilité à l’écriture et au graphisme.

Lors de votre conférence de presse de présentation du festival, vous avez mentionné l’annulation du festival d’Angoulême. Rappelez-nous ce qu’il en était ?
Était en cause le respect dû aux auteurs qui ressentaient du mépris de la part des dirigeants de l’organisation, qui, en outre, ne les rémunérait pas… En question encore l’opacité du financement et des partenariats peu appréciés. Le vase a débordé quand les organisateurs ont demandé aux éditeurs de financer les expositions des artistes qu’ils éditaient, ce qui à l’évidence restreignait le champ artistique de la manifestation. Au management toxique s’est ajouté le viol d’une collaboratrice avec pour réponse : pas de vague, licenciement pour faute grave, ce qui était intolérable ! Le mouvement est parti des autrices. Les éditeurs se sont rangés aux côtés des artistes. Conclusion : pas de festival en 2026.

Qu’en est-il de cette fédération des festivals de BD qui vient d’être créé ?
Il est bon de préciser qu’il y a en France une trentaine de festivals et plus de 400 manifestations consacrées chaque année à la BD. Cette fédération a l’objectif de valoriser la BD et de faire entendre sa voix auprès de toutes les instances. Le 9e art a toute sa place dans la création. La fédération œuvre pour que les artistes soient rémunérés lors des dédicaces et qu’ils obtiennent un véritable statut puisqu’ils n’ont pas de continuité de leurs revenus. Pour faire avancer nos projets nous sommes répartis en cercles : financement et développement ; mutualisation et mise en réseau ; valorisation de la médiation culturelle.

L’album « Les sourires du vin », est-ce une publicité déguisée pour l’alcool ?
Bien sûr que non !... C’est un sujet hyper-politique. L’album montre qu’après le naufrage dû à la chaptalisation du vin, les vignerons ont ressuscité le vignoble corse. Comment ils se sont réapproprié les cépages originels. Comment grâce à la qualité ils ont réussi à ce que leur secteur soit très dynamique et que leur vin représente à lui seul 16 % du bio dans l’île. L’album est né de deux passionnés du vin et du dessin. J’en suis ravie en raison de ma sensibilité à l’écologie et à la création artistique !

Comment choisissez-vous les albums retenus pour concourir au Prix des lycéens ?
Ceux-ci ont-ils obligation de lire les trois livres en lice ?
Ce chois est dicté par les mêmes critères régissant les expositions : parution de l’année, coup de cœur, thématiques utilisables par les enseignants dans leurs classes. La compétition : « Hazar Blues-Paris-Téhéran-Kaboul de Reza Sahibdad et Yann Damezin, ouvrage politique et historique. “Chansons rebelles” de Vincent Brunner et Karim Friha, qui relève plutôt du documentaire, “Blanche” de Maëlle Reat, livre délicat sur les épreuves de sa mère contaminée par la VIH. Pour voter les lycéens doivent assister à toutes les rencontres prévues. Celles avec les artistes sont fréquemment déterminantes. Les lycéens se prêtent volontiers au jeu.

Il y a-t-il des thèmes récurrents dans les albums présentés ?
L’exil revient souvent… L’exil et la migration, et ce depuis 2015 !

L’actualité, les sujets de société sont-ils prégnants tous les ans ?
Oui… On retrouve : la maladie, le féminisme, l’écologie. Ces thèmes reviennent mais sont toujours abordés de point de vue de l’auteur, donc différemment.

Le manga pour la 1re fois à Bastia ? ¨Pourquoi des réticences ?
Ce n’était pas de réticences ! Mais les mangaka japonais se déplacent avec leurs équipes, ce qui est hors de nos moyens si l’on ne considère que les voyages à débourser. En outre en matière de manga nous avons un souci de compétences artistiques. Cette année nous recevons Camille Broutin, qui habite la France donc pas de prix de billet excessif… Cette jeune artiste mélange a aussi style de la BD-franco-belge et le manga avec beaucoup de bonheur.

M.A-P
crédit photos : Juana Macari et BD à Bastia

Nota Bene : le film de K. Sy, “La blessure” sur Yambo Ouologem, est désormais visible sur la plateforme tv5mondeplus.com/fr. L’intérêt de ce film n’avait pas échappé au JDC. (Voir nos éditions précédentes)
Partager :