Quand les États reprennent la main au Moyen-Orient ou la fin des milices
Depuis plusieurs décennies, le Moyen-Orient traverse une succession de crises .....
Quand les États reprennent la main au Moyen-Orient ou la fin des milices
Depuis plusieurs décennies, le Moyen-Orient traverse une succession de crises qui semblent se nourrir les unes des autres. Pourtant, la guerre qui oppose aujourd’hui Israël et l’Iran marque une rupture plus profonde encore.
Elle ne ressemble ni aux guerres du Golfe conduites par les États-Unis ni aux affrontements indirects qui ont longtemps structuré la région. Plusieurs puissances régionales se trouvent désormais entraînées dans une confrontation directe dont l’onde de choc touche l’ensemble du système proche-oriental, des États du Golfe jusqu’au Liban.
Cette nouvelle séquence ne peut être comprise sans revenir à l’événement qui a bouleversé les équilibres fragiles en train de se mettre en place : les attaques du 7 octobre. Cet épisode a agi comme un véritable détonateur. Il a non seulement provoqué la guerre à Gaza et la destruction massive de ce territoire, mais il a aussi brisé les dynamiques diplomatiques qui tentaient d’organiser une stabilisation régionale.
La rupture du 7 octobre
Avant ces attaques, une forme d’équilibre semblait émerger. La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran, longtemps moteur des tensions régionales, avait commencé à évoluer vers une coexistence prudente. L’accord conclu en mars 2023 à Pékin entre Riyad et Téhéran symbolisait cette évolution et dessinait une forme de partage des zones d’influence.
Deux modèles politiques structuraient alors le Moyen-Orient. Le premier, incarné par l’Arabie saoudite, reposait sur un autoritarisme sécuritaire accompagné d’un projet de modernisation économique. Il dominait dans les pays du Golfe, mais aussi en Égypte ou en Jordanie. Le second modèle, porté par l’Iran, reposait sur l’extension d’un réseau de milices armées implantées dans plusieurs pays : Irak, Syrie, Liban, Yémen ou Gaza.
Les puissances occidentales et Israël avaient accepté tacitement cette répartition des influences, qui promettait une stabilité relative. Les attaques du Hamas ont brutalement détruit cette architecture fragile et plongé la région dans une spirale de confrontation.
Israël au centre du nouvel échiquier
Dans la recomposition en cours, un acteur s’impose comme le pivot central : Israël. L’État hébreu apparaît désormais comme un facteur déterminant dans l’évolution des crises régionales. Sa capacité d’action pèse sur les équilibres au Liban, en Syrie et dans l’ensemble du Levant.
Cette centralité s’accompagne d’un objectif stratégique clair : neutraliser durablement la menace que représente le régime iranien, considéré comme la principale source d’instabilité sécuritaire.
Le retour des puissances régionales
Parallèlement, l’Arabie saoudite retrouve une place centrale dans les équilibres du Moyen-Orient. Après avoir été un temps isolée diplomatiquement, Riyad apparaît de nouveau comme un interlocuteur incontournable. Son modèle, associant autorité politique et développement économique, semble aujourd’hui offrir une alternative plus stable que les régimes dominés par les milices.
Dans le même temps, la Turquie renforce progressivement son influence. Ankara étend sa présence en Syrie, dans le nord de l’Irak et dans plusieurs dossiers régionaux. Cette montée en puissance consolide son rôle dans les équilibres stratégiques du Moyen-Orient.
Le recul de l’ordre des milices
Une transformation plus profonde accompagne ces recompositions : le recul progressif de l’ordre milicien qui dominait la région depuis deux décennies. Dans plusieurs pays, la question du désarmement des groupes armés devient centrale. Ce débat existe en Syrie, au Yémen et même au Liban.
Cette évolution traduit un mouvement plus large : le retour de la logique de l’État-nation, alors que les grandes idéologies régionales qui avaient structuré le Moyen-Orient — nationalisme arabe ou djihadisme transnational — semblent perdre de leur influence.
Les deux questions qui empêchent la paix
Malgré ces recompositions, deux questions continuent de hanter la région : la question palestinienne et la question kurde. Depuis un siècle, ces deux peuples cherchent à accéder à la souveraineté politique.
Tant que ces revendications resteront sans solution durable, elles continueront de fragiliser toute tentative de stabilisation. Les crises qu’elles génèrent peuvent à tout moment remettre en cause l’équilibre déjà précaire du Moyen-Orient.
La guerre actuelle révèle ainsi une mutation profonde. L’ordre fondé sur les milices et les guerres indirectes semble progressivement céder la place à un système dominé par les États et leurs rivalités directes. Mais cette transformation demeure fragile, car les racines politiques des conflits restent largement irrésolues.
GXC
Crédit photo /D.R