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Municipales : enseignements en vrac

Le nationalisme a marqué des points.

Municipales : enseignements en vrac



Le nationalisme a marqué des points. Gilles Simeoni, Stéphane Sbraggia et Paul-Félix Benedetti sont les gagnants du second tour. Julien Morganti, Jean-Paul Carrolaggi et Nicolas Battini ont pris leurs marques pour de nouveaux combats.

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Les trois fronts :
Bastia, Aiacciu et Sartè ont été favorables au nationalisme. Cependant, un point majeur : le siméonisme (Femu a Corsica) conduit par son leader et avec l’appoint de l’indépendantisme (Core in Fronte) a tenu bon, il a conservé Bastia. Le nationalisme qui était à la fois le porte-drapeau et le noyau dur des listes engagées dans trois combats majeurs a marqué des points. On l’a dit, Gilles Simeoni a gagné à Bastia. Un rassemblement nationaliste ayant agrégé derrière le non encarté Jean-Paul Carrolaggi, les siméonistes (Femu a CorsIca), les indépendantistes de Core in Fronte et d’autres sensibilités nationalistes (quelques militants de Nazione et du Partitu di a Nazione Corsa) a réalisé un résultat jamais atteint à Aiacciu (plus de 40 %). L’indépendantiste Paul-Félix Benedetti, leader de Core in Fronte, à la tête d’une coalition transpartisane, a gagné à Sartè. Arrivé en deuxième position au premier tour, il a finalement remporté l’élection avec 54,85 % des suffrages face à Christophe Mondoloni (45,15 %) en bénéficiant d’un fort report de voix et d’une mobilisation en hausse au second tour. Sorti renforcé du second tour après avoir maintenu ses positions au premier, le nationalisme ne peut toutefois se reposer sur ses lauriers, car, les élections municipales étant désormais passées, d’autres échéances sont proches.
Il va lui falloir être en ordre de bataille : très prochainement, pour inciter les parlementaires à ne pas rejeter ou réduire à la portion congrue, le projet de statut autonomie et peut-être pour faire valider par le peuple ce statut ; en septembre, pour les élections sénatoriales (les deux sièges corses doivent être renouvelés) ; l’an prochain pour les élections législatives ; en 2028, pour les élections territoriales. Il va devoir trouver des réponses à l’ancrage désormais avéré de la droite de la droite (Unione di i Patrioti) qui a été révélé lors des élections municipales et au potentiel de développement de celle-ci, d’autant qu’elle sera probablement mieux organisée, sur un terrain plus favorable, les élections législatives que les élections municipales ; et que sa (Marine Le Pen) ou son leader (Jordan Bardella) aura gagné l’élection présidentielle. Il va être soumis à l’offensive croisée de deux droites, celle de Francois-Xavier Ceccoli qui l’a déjà défait lors des dernières élections législatives et celle de Laurent Marcangeli qui pourrait être redoutable si Édouard Philippe est élu président de la République. Il lui faudra admettre et gérer ses différences partisanes et savoir se doter de contrats de mandature pour l’emporter lors des seconds tours (et éventuellement du troisième tour lors de l’élection du Conseil exécutif par l’Assemblée de Corse, si absence de majorité absolue d’un parti ou d’une coalition). Il faudra que ses partis mettent au placard les rancœurs et les critiques acerbes.
Certains vieux leaders devront enfin accepter de finir de professer et de laisser une nouvelle génération faire germer et développer de nouvelles approches adaptées à la société core réelle et non plus à la société idéelle dont ils avaient rêvé.

Renoncer à la présidence du Conseil exécutif et la mise à l’écart de Pierre Savelli a été douloureux, mais payant


La liste Uniti conduite par Julien Morganti, a certes frôlé la victoire avec 41,68 % des voix. Gilles Simeoni a cependant gagné son pari. Il a résisté à l’offensive de son adversaire, malgré que celui-ci ait bénéficié du ralliement de la liste de droite et zuccarelliste de Jean-Martin Mondoloni et du soutien appuyé du Parti communiste. Un bon report zuccarelliste a sans doute manqué à Julien Morganti, car il trop apparu que la fusion de second tour faisait trop la part belle à Jean-Martin Mondoloni au détriment de Jean Zuccarelli. Gilles Simeoni n’a certes pas triomphé, mais il a sauvé l’essentiel avec 44,49 % des voix et 420 suffrages d’avance : conserver le bastion historique à partir duquel son aventure victorieuse avait commencé. Le sacrifice de renoncer à la présidence du Conseil exécutif et la mise à l’écart de Pierre Savelli ont été douloureux, mais payants. Victorieux, Gilles Simeoni garde la légitimité et la main politiques pour avancer sur le dossier autonomie et préparer les élections futures. « Il aurait pu confortablement rester dans son fauteuil de président de l’Exécutif, mais Bastia a été le commencement, et aujourd’hui c’est un nouveau départ », a pertinemment souligné un de ses fidèles.
Nouveau départ obligatoire, car si des sacrifices ont été obligatoires et si le boulet est passé très près, cela signifie que bien des choses doivent être revues en siméonie. Changement d’autant plus nécessaire que la victoire aurait échappé si de nombreux déçus ou mécontents n’avaient pas opté pour le vote Battini. Qualifié pour le second tour après avoir obtenu 16,6 % des voix, le candidat de la droite de la droite a certes réalisé un pourcentage moins bon (baisse de près de trois points), probablement du fait d’un effet « vote utile ». Mais en se maintenant, bien qu’ayant durant des mois assuré que son objectif était de débarrasser Bastia du « nationalo-gauchisme », il a capté plus de 2000 voix d’opposants à Gilles Simeoni et quelques centaines d’entre elles ont manqué à Julien Morganti. De bonne guerre cependant, car ainsi le « livreur de crèche » est avec Gilles Simeoni le grand bénéficiaire du scrutin bastiais. Ce scrutin lui a permis de démontrer son implantation, de l’installer dans le paysage politique bastiais et régional, de conforter les dirigeants du Rassemblement national, dont Marine Le Pen, dans le choix de lui avoir fait confiance. Et le voilà ainsi par ses relations à Paris, sa jeunesse et son résultat, en mesure de disputer à Francois Filoni le leadership corse de la droite de la droite.

Pierre Corsi
Photo : J.P B
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