Théâtre du Commun « L’Impératrice de Rome », d’après Roberto Bolaño
Jouer partout dans les petits lieux improbables,...
Théâtre du Commun « L’Impératrice de Rome », d’après Roberto Bolaño
Depuis quelque temps Noël Casale, codirecteur avec Liza Terrazzoni du Théâtre du Commun, s’est lancé un défi : jouer partout dans les petits lieux improbables, dans les salles qui ne sont pas prévues pour la scène, dans des endroits improvisés. Ce défi, il le relève à chacune de ses créations. Il s’adapte. Il se met au diapason. Il se plie aux contraintes. Il sait s’accommoder et ses comédiens aussi. C’est ainsi que le Théâtre du Commun s’invente malgré des obstacles qui en effraieraient beaucoup. Résultat ce théâtre-là est à part… Commun en se référant à ce que les terres du commun signifient pour la Corse…
Le 12 mai dernier, la compagnie présentait à la bibliothèque centrale de Bastia, « I ’Impératrice de Rome ». Sur scène, Valérie Schwarcz et Noël Casale. Elle, artiste associée au Centre Dramatique National de Montluçon, déjà venue plusieurs fois incarner des personnages à Bastia. Lui, adaptateur et metteur en scène de cette « Impératrice de Rome », inspirée du « Petit roman lumpen » du Chilien, Roberto Bolaño. Passer du « lumpen » à « L’Impératrice » ne serait-ce pas un grand écart, tel qu’en promet la littérature dans ses bons jours ! L’image séduit. Elle éclaire en tous cas le parcours du personnage féminin, Bianca, dont la pièce est la matière.
Un accident mortel de voiture des parents de la protagoniste, a soudain ruiné, démoli, fichu en l’air l’avenir de Bianca et de son frère, qui n’apparait pas dans la prestation. A partir de là commence pour Bianca une descente aux enfers. Abandon des études faute de moyens de subsistance. Recherche de boulot. Embauche dans un salon de coiffure déprimant. Dans un gymnase pour le frère où il est homme à tout faire. Seule distraction les films vidéo qui se transforment en séances pornos. Dégoût de Bianca. Dégringolade sociale allant s’accélérant avec l’arrivée de deux « amis » pas trop nets du frère.
Le présent et le futur de Bianca se résument en ces circonstances à une entrée dans la prostitution. Non choix. Galère. Bianca jetée dans le lit d’un client. Gros. Gras. Vieux. Supposé détenir un trésor dans un coffre-fort… à débusquer absolument. Excuse pour que Bianca continue à « marchandiser » son corps… L’alibi de sa veulerie tombé elle reste avec sa tristesse, ce vide du cœur et de l’esprit qui la broyent.
Le personnage de Bianca est troublant de complexité tant elle est angoissée et lymphatique. Tourmentée et nonchalante. Elle rêve. Elle attend. Pourtant tout au fond d’elle semble rester un zeste de volonté. Le texte – en sa transposition – peut avoir un côté trivial et parfois, a contrario, poétique. Tous ces contrastes peuvent expliquer que le titre du livre, « Petit roman lumpen » finisse par rejoindre l’intitulé de la pièce, « L’Impératrice de Rome. »
Michèle Acquaviva-Pache
photo : M.A.P
Depuis quelque temps Noël Casale, codirecteur avec Liza Terrazzoni du Théâtre du Commun, s’est lancé un défi : jouer partout dans les petits lieux improbables, dans les salles qui ne sont pas prévues pour la scène, dans des endroits improvisés. Ce défi, il le relève à chacune de ses créations. Il s’adapte. Il se met au diapason. Il se plie aux contraintes. Il sait s’accommoder et ses comédiens aussi. C’est ainsi que le Théâtre du Commun s’invente malgré des obstacles qui en effraieraient beaucoup. Résultat ce théâtre-là est à part… Commun en se référant à ce que les terres du commun signifient pour la Corse…
Le 12 mai dernier, la compagnie présentait à la bibliothèque centrale de Bastia, « I ’Impératrice de Rome ». Sur scène, Valérie Schwarcz et Noël Casale. Elle, artiste associée au Centre Dramatique National de Montluçon, déjà venue plusieurs fois incarner des personnages à Bastia. Lui, adaptateur et metteur en scène de cette « Impératrice de Rome », inspirée du « Petit roman lumpen » du Chilien, Roberto Bolaño. Passer du « lumpen » à « L’Impératrice » ne serait-ce pas un grand écart, tel qu’en promet la littérature dans ses bons jours ! L’image séduit. Elle éclaire en tous cas le parcours du personnage féminin, Bianca, dont la pièce est la matière.
Un accident mortel de voiture des parents de la protagoniste, a soudain ruiné, démoli, fichu en l’air l’avenir de Bianca et de son frère, qui n’apparait pas dans la prestation. A partir de là commence pour Bianca une descente aux enfers. Abandon des études faute de moyens de subsistance. Recherche de boulot. Embauche dans un salon de coiffure déprimant. Dans un gymnase pour le frère où il est homme à tout faire. Seule distraction les films vidéo qui se transforment en séances pornos. Dégoût de Bianca. Dégringolade sociale allant s’accélérant avec l’arrivée de deux « amis » pas trop nets du frère.
Le présent et le futur de Bianca se résument en ces circonstances à une entrée dans la prostitution. Non choix. Galère. Bianca jetée dans le lit d’un client. Gros. Gras. Vieux. Supposé détenir un trésor dans un coffre-fort… à débusquer absolument. Excuse pour que Bianca continue à « marchandiser » son corps… L’alibi de sa veulerie tombé elle reste avec sa tristesse, ce vide du cœur et de l’esprit qui la broyent.
Le personnage de Bianca est troublant de complexité tant elle est angoissée et lymphatique. Tourmentée et nonchalante. Elle rêve. Elle attend. Pourtant tout au fond d’elle semble rester un zeste de volonté. Le texte – en sa transposition – peut avoir un côté trivial et parfois, a contrario, poétique. Tous ces contrastes peuvent expliquer que le titre du livre, « Petit roman lumpen » finisse par rejoindre l’intitulé de la pièce, « L’Impératrice de Rome. »
Michèle Acquaviva-Pache
photo : M.A.P