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FLNC : une commémoration sans naphtaline

Deux débats avec universitaires et journalistes

FLNC : une commémoration sans naphtaline


Selon les universitaires et les journalistes intervenus lors de cette journée de réflexion, le FLNC a souvent imposé une vision et constitué « un métronome » du mouvement nationaliste. Sa propagande armée et ses publications ont profondément rythmé la démarche nationaliste. Ses thèmes et ses orientations ont initié et guidé la plupart des luttes menées depuis un demi-siècle.


Deux débats avec universitaires et journalistes

U Ribombu Internaziunale a organisé, le 7 juin dernier à Bastia, deux débats réunissant universitaires et journalistes. Le mensuel indépendantiste — héritier d’U Ribombu puis d’U Ribombu di a Corsica Nazione, hebdomadaires qui ont toujours diffusé le message du FLNC et affiché une solidarité politique avec les clandestins — a d’abord interrogé les universitaires sur l’influence du FLNC sur la scène politique depuis cinquante ans, puis les journalistes sur l’image de l’organisation clandestine dans les médias, hier et aujourd’hui, ainsi que sur les conditions particulières de recueil, de traitement et de diffusion de l’information qu’impliquait la couverture d’une organisation politico-militaire.
Le premier mérite de ces deux débats a été d’extraire la commémoration du cinquantième anniversaire de la création du FLNC de la dimension muséale, anecdotique et parfois même « naphtaline » dans laquelle certains médias et acteurs politiques tendent à l’enfermer. Dix mille attentats, des sacrifices militants, des réussites, des erreurs, des milliers de pages de communiqués : que faut-il retenir de ce demi-siècle de clandestinité ?
Les intervenants ont souligné que le FLNC, depuis sa création et jusqu’à aujourd’hui, continue d’irriguer la réflexion et d’influencer l’action des mouvements nationalistes publics. Ils ont également relevé qu’il avait constitué le principal vecteur de la prise en compte de la revendication nationaliste, tant à Paris qu’au niveau international.

Un « métronome » du nationalisme corse

Le FLNC a, selon plusieurs participants, souvent imposé une vision et joué le rôle d’un véritable « métronome ». La propagande armée, à travers les attentats, mais aussi les publications — Livre vert, Livre blanc, Projet de société, communiqués ou conférences de presse — ont profondément marqué et rythmé la démarche du nationalisme corse.
Ses thèmes et ses orientations ont initié et guidé la plupart des combats : défense de la terre, sauvegarde de la langue, organisation des luttes de masse ou encore réflexion sur l’avenir institutionnel de l’île. L’ancien président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, a d’ailleurs souligné que, sans le FLNC, le nationalisme n’aurait probablement jamais occupé la place qui est aujourd’hui la sienne dans la vie politique corse.

Influence, limites et mémoire collective

Les intervenants n’ont cependant pas passé sous silence les erreurs et les limites de l’organisation. Les affrontements fratricides ont naturellement été évoqués. Andria Fazi, maître de conférences en science politique à l’Université de Corse, a observé que si le FLNC avait incontestablement pesé sur la protection du littoral et contribué à préserver plusieurs sites remarquables entre 1975 et 1990, la progression des résidences secondaires ne s’était pas pour autant interrompue.
Les journalistes — parmi lesquels figurait un représentant du Journal de la Corse — ont globalement confirmé les analyses des universitaires. Ils ont également rappelé les difficultés rencontrées par leur profession pour couvrir l’actualité produite par le FLNC et les pressions, parfois policières, parfois politiques, auxquelles ils ont pu être confrontés.
Au terme de ces échanges, un constat s’est dégagé : le FLNC a non seulement marqué l’histoire du nationalisme corse, mais aussi profondément influencé la mémoire collective de plusieurs générations de Corses.

Pierre Corsi
crédits photos : Ribombu Internaziuale
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