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Italie : des forêts pas vraiment top !

La végétation obtenue à partir d’une reforestation de monoculture est écologiquement moins riche et résiliente que celle d’une forêt naturelle aux multiples espèces.

Italie : des forêts pas vraiment top !



La végétation obtenue à partir d’une reforestation de monoculture est écologiquement moins riche et résiliente que celle d’une forêt naturelle aux multiples espèces. Voilà qui est à prendre en compte lorsque, après d’importants et dévastateurs incendies de forêt, une reforestation est nécessaire.


Durant les années 1930, l’Italie a mené une importante campagne de reforestation. Les objectifs étaient multiples : assainir durablement des zones marécageuses après de grands travaux de drainage ; lutter contre l’érosion des plages et des dunes ; stabiliser les pentes des massifs montagneux ; produire davantage de bois ; assurer l’avenir de la ressource ; renforcer l’image de Benito Mussolini et du régime fasciste en tant que grands aménageurs d’une nouvelle Italie. Dans le cadre de cette campagne, des millions de conifères ont été plantés dans les Alpes italiennes. Il a été préféré l’épicéa de Norvège (Picea abies) car son tronc droit et sa croissance rapide promettaient une exploitation aisée et rentable. Le reboisement n’a pas concerné que des terrains désolés. Des milliers d’hectares de prairies et de forêts ont été remplacés par des alignements denses de conifères. Durant des décennies, ce reboisement a été considéré comme une grande réussite car il a pu être constaté : une réduction de l’érosion sur de nombreuses pentes (les racines ont contribué à stabiliser les sols) ; une protection contre les avalanches et les glissements de terrain (les alignements d’arbres ont joué un rôle de barrières naturelles) ; la (re) constitution de couverts forestiers. Aujourd’hui, le bilan apparaît bien moins positif. Il a été relevé que l’introduction massive de l’épicéa de Norvège avait provoqué un considérable appauvrissement écologique (régression de la diversité végétale dépassant en moyenne les 50 %, moins d’oiseaux, moins d’insectes).

Plusieurs causes d’appauvrissement écologique


Ce constat a été établi dans le cadre d’une étude scientifique réalisée dans deux zones des Préalpes italiennes proches du lac de Côme dont les résultats ont été publiés l’an passé, sous le titre « Tree monoculture plantations decrease plant diversity in the Italian Prealps », dans une revue de la British Ecological Society (société savante britannique fondée en 1913 dédiée à l’écologie scientifique). Selon cette étude, les causes de l’appauvrissement écologique susmentionné sont multiples. Le feuillage permanent des conifères a fait obstacle à l’ensoleillement printanier indispensable à la reproduction des plantes autochtones (phénomène d’exclusion physique par l’ombre). L’accumulation des aiguilles d’épicéa a acidifié les sols d’où, notamment, une moindre décomposition et un appauvrissement de la matière organique (phénomène d’altération du cycle des nutriments). Des plantes autochtones ont disparu sans que soit reconstitué un nouvel équilibre écologique (phénomène de déficit d’adaptation écosystémique). Enfin, l’étude a aussi mis en évidence que les fonctions d’équilibre du système écologiques dans les plantations d’épicéas norvégiens (régulation fonctionnelle) étaient au moins inférieures de 30 % à celles des forêts autochtones, d’où une plus grande vulnérabilité de leur végétation aux parasites et aux éléments naturels. Il a ainsi été à nouveau vérifié la pertinence de cet écrit d’Aldo Léopold (1887-1948, universitaire et forestier, considéré comme l’un des fondateurs de la gestion et la protection de l’environnement aux USA, ayant influencé le développement de l’éthique environnementale moderne et le mouvement pour la protection des espaces naturels) qui, avant que la science ne l’ait validé, avait énoncé : « Une chose est bonne quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, et mauvaise dans le cas contraire. »

Moins riche et résiliente


Dans le monde, durant des décennies, de nombreuses politiques de reforestation dans les reliefs ou en plaine ont été similaires à celle de l’Italie des années 1930 ; à savoir le recours à une monoculture à partir d’arbres non indigènes afin de planter vite, à bas coût et de façon uniforme pour atteindre des objectifs de végétalisation rapide, de stabilisation des sols, de rentabilité économique et aussi de prestige politique. On peut désormais tirer de cette pratique l’enseignement suivant : la végétation obtenue à partir d’une reforestation de monoculture est écologiquement moins riche et résiliente que celle d’une forêt naturelle aux multiples espèces. Voilà qui est à prendre en compte, notamment chez nous, lorsque, après d’importants et dévastateurs incendies de forêt, une reforestation est nécessaire.

Alexandra Sereni
Crédit photo : Wikimedia Commons/CC0/Autor GB89.2
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