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Éric Jalon, Préfet de Corse: « Le principal défi, c’est de répondre au besoin d’État qu’expriment la société et les forces vives de la Corse. »

« La lutte contre la criminalité organisée et contre les emprises mafieuses qui s’exercent dans l’Île est une de mes priorités. C’est une attente très forte de la société. »

Éric Jalon, Préfet de Corse



« Le principal défi, c’est de répondre au besoin d’État qu’expriment la société et les forces vives de la Corse. »
En place dans ses nouvelles fonctions depuis quasiment un an, Eric Jalon, le Préfet de Corse, évoque les domaines les plus importants auxquels il compte s’atteler dans l’île. Avec, bien sûr l’avenir institutionnel de la Corse et la lutte contre la grande criminalité en ligne de mire.


— Quel est le principal défi auquel l’État est confronté en Corse ?


Le principal défi, c’est de répondre au besoin d’État qu’expriment la société et les forces vives de la Corse. Nous le faisons dans le cadre institutionnel actuel, en recherchant la meilleure articulation avec la Collectivité de Corse. Je pense, par exemple, au travail réalisé pendant la crise des carburants : nous avons su apporter des réponses conjoncturelles, et le Premier ministre a confié à deux députés élus en Corse la mission de proposer des réponses structurelles.
Je pense aussi aux initiatives prises, par exemple pour construire un projet agricole partagé entre la Chambre régionale d’Agriculture, l’Office de Développement agricole et rural de la Corse (ODARC) et les services de l’État : c’est l’enjeu des conférences de souveraineté alimentaire dont les conclusions ont été discutées le 10 juillet. Je pense aux ateliers pour l’accélération de la construction et de la rénovation de logements, que nous avons lancés le 24 juin, avec l’agence de l’urbanisme et de l’énergie, les bailleurs et les professionnels du bâtiment : c’est un besoin prioritaire pour développer l’offre de résidences principales.
Avec la préfète de la Haute-Corse et l’ensemble des sous-préfets qui servent sur l’Île, nous accordons une importance particulière à la relation que nous entretenons avec les maires. Après la séquence électorale, notre priorité est de les aider à lancer leurs projets de mandature, et de construire avec eux des projets de territoire qui vont nous permettre de répondre ensemble aux grands défis : la transition énergétique et environnementale, la résilience face au changement climatique-la crise de l’eau dans l’Extrême-Sud l’automne dernier comme la canicule de ces dernières semaines nous en rappellent l’urgence —, le développement des services à la population en milieu rural.

— Où en est actuellement le dialogue entre Paris et la Corse concernant le processus d’autonomie de l’île ?


Le processus institutionnel poursuit son chemin. Le Gouvernement a tenu ses engagements en présentant au Parlement le texte issu du processus de Beauvau. Une étape importante vient d’être franchie à l’Assemblée nationale. La discussion se poursuivra au Sénat, immédiatement après le renouvellement des Sénateurs.
Au-delà, le dialogue entre Paris et la Corse se marque par des avancées concrètes : l’inscription dans la loi de finances de 2026 d’une enveloppe de 752 M€ pour accompagner les agglomérations de Bastia et d’Ajaccio vers la sortie du gaz ; l’annonce par la ministre de l’Aménagement du territoire et de la décentralisation Madame GATEL, d’une nouvelle tranche de contractualisation de 100 M€ au titre du plan de transformation et d’investissement pour la Corse, alors que près de 300 M€ ont d’ores et déjà été contractualisés…

« La lutte contre la criminalité organisée et contre les emprises mafieuses qui s’exercent dans l’Île est une de mes priorités. C’est une attente très forte de la société. »


— On sait que vous faites de la lutte contre la grande criminalité, l’une de vos priorités. Où en est-on actuellement dans ce domaine ?


La lutte contre la criminalité organisée et contre les emprises mafieuses qui s’exercent dans l’Île est une de mes priorités, en effet, parce que c’est une attente très forte de la société. Nous déployons nos efforts dans trois directions. D’abord, renforcer la coordination entre la justice et l’administration dans l’action contre les acteurs de la criminalité organisée ; chaque fois que nous entravons l’action d’un groupe criminel, chaque fois que l’action de la police et de la gendarmerie permet de présenter devant la justice les auteurs présumés des crimes ou de délits qu’ils commettent, c’est une victoire pour la société tout entière. Ensuite, renforcer les « défenses immunitaires » du corps social : c’est l’objet des formations dans le monde scolaire organisées par le Rectorat, et auxquelles nous participons, et des actions de sensibilisation des agents de l’État, qui sont souvent en première ligne pour observer et pour contrecarrer les phénomènes mafieux ; j’avais annoncé la formation de 1000 agents, nous en avons déjà formé près de 800. Enfin, mieux protéger notre économie, en accompagnant les entreprises victimes de pressions, mais aussi en sécurisant davantage la commande publique : nous y travaillons avec l’agence française anticorruption, qui a déjà effectué un gros travail avec la Collectivité de Corse.

— Scola corsa demande plus de moyens pour subsister. L’État soutient-il le principe de l’enseignement immersif en Corse ou estime-t-il qu’il doit rester limité ?


Avec les autorités académiques, notre priorité est de traduire dans les faits l’engagement pris par le Président de la République en septembre 2023 de construire un service public de l’enseignement bilingue. L’enseignement bilingue aujourd’hui proposé dans 70 % des écoles, et dans ce cadre, l’enseignement immersif est passé de 26 classes et 455 élèves en 2024 à 96 classes et plus de 1700 élèves en 2025.
À côté de cet effort massif de l’école publique, le réseau Scola Corsa, avec ses 13 classes et ses 200 élèves environ, joue un rôle particulier, ce qui justifie que l’État l’accompagne. Deux classes ont bénéficié d’une contractualisation anticipée dès la rentrée 2025-2026, à la rentrée prochaine ce seront six classes supplémentaires — au lieu de deux initialement prévues — qui pourront être contractualisées. La discussion sur la contractualisation a vocation à se poursuivre au-delà de la rentrée 2026-2027, dans le respect de l’équité par apport aux moyens consacrés au service public.


— La Corse est un territoire très accidentogène. Comment comptez-vous œuvrer dans ce domaine ? Faut-il plus de sanctions ?


En 2025, sur les deux départements de Corse, nous avons déploré 483 accidents, 24 tués et 658 blessés. C’est environ un quart d’accidents en moins qu’en 2024, et moitié moins de tués. Mais cela reste fragile. Sur une longue période, rapporté à la population, il y a quasiment deux fois plus de morts en Corse qu’en moyenne nationale. La police et la gendarmerie vont donc maintenir un niveau élevé de contrôles routiers en ciblant spécifiquement les principales causes et les principales victimes des accidents mortels : la vitesse, la conduite sous l’emprise d’alcool et de produits stupéfiants, les conducteurs de 2 roues motorisés.


— La campagne de feux de forêt 2026 débute. La Corse est-elle armée pour lutter contre le réchauffement climatique ? Quels sont les moyens mis en œuvre cette année ?


Nous avons eu le 3e printemps le plus sec depuis 2000, et le plus chaud jamais enregistré. Nous devons donc être particulièrement mobilisés cette année. Notre dispositif de défense contre les feux de forêt est solide, et il repose sur une coordination entre les acteurs que je peux qualifier d’exemplaires : sapeurs-pompiers des SIS2A et 2B, moyens nationaux de la sécurité civile déployés en renfort dans toute l’Île, forestiers-sapeurs, agents de l’Office national des forêts : pour la Corse, ce sont plus de 1000 personnels qui peuvent être mobilisés. Cette année nous anticipons sur la mise en place du dispositif, et nous le renforçons : deux Canadair sont à Ajaccio depuis le 4 juillet, nous aurons comme l’année dernière un hélicoptère bombardier d’eau à Corte du 15 juillet au 30 septembre, mais aussi, à compter du 1er juillet, un deuxième hélicoptère bombardier d’eau stationné à Figari. Ces moyens nationaux complètent ceux déployés par les services d’incendie et de secours — par exemple l’hélicoptère bombardier d’eau du SIS 2 A. Enfin, nous pourrons être renforcés, si nécessaire, par des hélicoptères des forces armées qui nous permettront de transporter nos soldats du feu au plus près des départs de feux, même dans les terrains les plus difficilement accessibles.
Bien sûr, cette mobilisation est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. C’est, comme vous le soulignez, la résilience de l’Île, sa capacité à s’adapter au changement climatique et aux risques qui en résultent, qu’il faut renforcer dans la durée. Dans mes déplacements auprès des maires, j’entends souvent parler des obligations de débroussaillement, des réserves d’eau, de l’entretien des pistes et des pare-feux. C’est un sujet qui devra être au cœur des projets de territoire que nous préparerons avec les élus dès la rentrée.

Propos recueillis par Philippe Peraut
Crédit photo : Service communication Préfecture de Corse
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