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Sacs plastiques : l’interdiction qui n’arrête rien

Dix ans après l’interdiction des sacs plastiques à usage unique en France, la Méditerranée reste l’une des mers les plus polluées du globe, ..

Sacs plastiques : l’interdiction qui n’arrête rien



Dix ans après l’interdiction des sacs plastiques à usage unique en France, la Méditerranée reste l’une des mers les plus polluées du globe, et la Corse l’une de ses côtes les plus exposées. Un nouveau règlement européen, applicable à partir d’août 2026, vient rappeler que la loi seule ne suffit pas à endiguer un phénomène devenu structurel.


Interdit depuis 2016, présent partout

La loi française interdit les sacs plastiques de caisse depuis 2016, puis les sacs fins pour fruits et légumes depuis 2017. Sur le papier, le cadre est ancien et solide. Dans les faits, le règlement européen 2025/40, entré en vigueur en février 2025 et applicable dès août 2026, fixe encore un plafond de 40 sacs légers par habitant et par an — preuve que l’objectif n’est pas atteint partout. Selon le WWF, la Corse figure, avec la Crète, parmi les îles les plus touchées par la pollution plastique en Méditerranée, une mer où les 22 pays riverains génèrent chaque année 24 millions de tonnes de déchets plastiques. Une fois jetés, ces sacs mettent entre 400 et 1 000 ans à se décomposer, se fragmentant progressivement en microplastiques qui peuvent se disperser dans les sols, les rivières, les océans, l’eau potable et certains organismes vivants. Chaque année, près de 8 millions de tonnes de plastique rejoignent ces derniers, avec un impact mesuré sur plus de 700 espèces marines.

Tri en recul, île sous tension

L’objectif du gouvernement français, sous l’impulsion européenne, est de sortir du plastique jetable d’ici 2040. Mais il n’existe pas réellement de solution avec un impact zéro, le geste de réutilisation est essentiel pour limiter notre utilisation de ressources et préserver l’environnement. Le paradoxe insulaire se lit dans les chiffres du tri sélectif : 80 % des Corses triaient correctement un emballage plastique en 2024, ils ne sont plus que 72 % en 2025, selon les données reprises pendant la campagne des municipales. Le SYVADEC a collecté 159 236 tonnes de déchets en 2025, un tonnage en baisse apparente mais porté par une gestion coûteuse — plus de 113 millions d’euros en 2024 — et très inégale selon les intercommunalités. La pression touristique estivale démultiplie mécaniquement les volumes, sans que les infrastructures de tri ou de valorisation énergétique, encore marginales sur l’île, n’aient suivi.

Initiatives locales, horizon européen

Face à ce constat, le terrain n’est pas resté inerte — la Corse a même précédé la loi française. Dès 1999, l’association Les Amis du Vent, organisatrice du Festival du Vent à Calvi, lance la campagne « Halte aux sacs plastiques » ; l’Assemblée de Corse en tire une délibération pionnière, votée le 15 mai 2003, bannissant officiellement les sacs de caisse sur l’île, treize ans avant l’interdiction nationale. Un bilan dressé dix ans plus tard soulignait déjà les limites de l’exercice : la grande distribution a suivi, mais les commerçants de marché, eux, sont restés largement réfractaires ; un constat que confirme aujourd’hui l’association Surfrider, qui recense sur les étals de toute la France les mêmes excuses récurrentes : cabas oublié, sac trop petit, salade « qui se conserve mieux » au frigo dans le plastique. Depuis, d’autres relais se sont structurés. Épiceries zéro déchet et marchés de producteurs se multiplient de Bastia à Porto-Vecchio. Sur certains marchés traditionnels, des maraîchers testent des systèmes de consigne pour leurs contenants, une piste que l’Ademe juge encore marginale, mais prometteuse. L’association Plasticorsica pousse, elle, une logique d’économie circulaire plus ambitieuse : son président, Jean-Pierre Angelini, évalue à 14 000 tonnes le gisement d’emballages plastiques que l’île pourrait collecter et revaloriser localement, au lieu de l’exporter vers le continent. Sur le littoral, l’association Mare Vivu organise des ramassages réguliers pour limiter l’afflux de déchets vers la mer. Ces initiatives dessinent une filière encore embryonnaire ; elles annoncent surtout les obligations européennes de 2026, qui imposeront des restrictions élargies sur les emballages à usage unique. Reste à savoir si la Corse, confrontée à une production de déchets par habitant supérieure à la moyenne nationale, saura transformer vingt-cinq ans d’expérimentations locales en politique cohérente, avant que la mer ne devienne, comme le redoutent les associations environnementales, irréversiblement saturée.

Maria Mariana



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