Portivechju, Bunifaziu : horizon bleu plaisance
La plaisance : de l’emploi et de l’activité
Portivechju, Bunifaziu : horizon bleu plaisance
La plaisance : de l’emploi et de l’activité
La plaisance génère de l’activité directe et indirecte et de l’emploi. Elle est confrontée à plusieurs problèmes, mais fait preuve d’adaptation et d’une dynamique de développement. Les ports de plaisance et de pêche de Portivechju et de Bunifaziu s’inscrivent dans une démarche d’adaptation et de développement.
Selon les données 2025-2026 de l’Observatoire des ports de plaisance, la France métropolitaine compte 488 ports de plaisance maritimes. Cela représente une capacité d’accueil de 208 653 anneaux. La capacité d’accueil de la plaisance ce sont aussi environ 300 zones de mouillage organisé qui offrent environ 34 000 places. Les ports disposant du plus grand nombre d’anneaux sont Port Camargue-Grau du Roi (5000, considéré comme le plus grand port de plaisance d’Europe), Port des Minimes-La Rochelle (3 700) et Port de plaisance de Marseille (plus de 3000). Pour sa part, la Corse compte 27 ports de plaisance, environ 10 700 anneaux), 16 zones de mouillage et d’équipements légers destinées à limiter l’impact environnemental des ancres, notamment sur les herbiers de posidonies.
À ce jour, les ports corses disposant du plus grand nombre d’anneaux sont Aiacciu-Charles Ornano et Tino Rossi (1300), San Fiurenzu (920), Macinaghju (580). À l’échelle nationale, la filière nautique, au sein de laquelle la plaisance occupe une grande place, représente au niveau national, plus de 6300 entreprises, près de 150 000 emplois, dont 49 000 directs, 10 à 20 000 saisonniers, 6,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires ; au niveau corse, plus de 700 entreprises, environ 1300 salariés en équivalent temps plein (2400 avec la saisonnalité), entre 200 et 300 millions de chiffre d’affaires. La plaisance génère donc de l’activité directe et indirecte et de l’emploi.
Elle est cependant confrontée à plusieurs problèmes, notamment des infrastructures vieillissantes, une demande d’anneaux supérieure à l’offre, son impact environnemental, se développer en préservant le patrimoine naturel, s’adapter au changement climatique, l’hostilité d’une partie des associations environnementales et de forces politiques. Mais elle fait preuve d’adaptation et d’une dynamique de développement : augmentation de l’offre d’anneaux, bornes électriques, carburants alternatifs, électrification des quais, complémentarité entre les ports afin d’améliorer l’accueil des plaisanciers, plus grande intégration à la vie quotidienne et à l’activité économique de la cité.
Les ports de plaisance et de pêche de Portivechju et de Bunifaziu s’inscrivent dans une démarche d’adaptation et de développement (augmentation de la capacité d’accueil, qualité des services portuaire, exigences environnementales élevées, synergie avec la vie de la cité...)
Deux parcours du combattant
Avec 1000 kilomètres de côtes, vouloir développer l’économie bleue, cela relève de l’évidence. Jean-Charles Orsucci disposent chacun d’un atout conséquent pour ambitionner un horizon bleu plaisance et rendre plus aisés de triompher des parcours du combattant auquel expose être un élu visionnaire et aménageur. L’un est Jean-Charles Orsucci est depuis quelques mois président de l'Association nationale des élus des littoraux (Anel), l’autre vient d’être élu, président de l’Union des Ports de Plaisance de Corse.
En juillet 2020, Jean-Christophe Angelini vient d’être élu maire de Portivechju. Dans les cartons Projets de la ville, un dossier à la fois séduisant et explosif : l’extension du port de plaisance. Séduisant, car un port de plaisance pour une ville littorale, cela représente de l’activité économique et de l’emploi, et éventuellement des recettes faciles dans le cadre d’une gestion déléguée à un acteur privé. Explosif, car un maire nationaliste doit compter avec des soutiens qui voient dans un port de plaisance de la spéculation, de l’atteinte à l’environnement.
En outre, deux obstacles à franchir. Le premier est que le projet existant est jugé insatisfaisant par le nouveau maire et son équipe. Le second est que l’autorisation environnementale indispensable à la réalisation du projet qui a été obtenue par l’ancienne municipalité deviendra caduque si les travaux ne débutent pas avant mai 2022. Afin de ne pas en perdre le bénéfice tout en se donnant la possibilité de revoir le projet, il est décidé de débuter les travaux dont l’exécution ne compromettra pas une modification du projet. Parallèlement, décision est prise de lancer un concours d’architecte et d’ingénierie. Mais pourquoi vouloir modifier… Lubie du changement pour le changement qui caractérise trop de nouvelles équipes municipales ? Volonté de se démarquer des ex et d’ainsi signifier qu’une page a été tournée ? Jean-Christophe Angelini est catégorique : « Rien de tout cela. Mais une vision différente. Un port de plaisance et de pêche, c’est une programmation urbaine pour un siècle. Il importait donc de revoir des points qui nous semblaient importants, notamment l’intégration à la cité et les exigences écologiques et paysagères. »
Merveilleux projet !
Le concours donne lieu à plus de 80 réponses, dont certaines, émanant de cabinets mondialement reconnus. Le 18 mars 2024, le jury a tranché et les projets des lauréats sont dévoilés devant plus de 200 personnes. Qu’il s’agisse de la conception du bassin et de ses aménagements ou de celle des terre-pleins Nord et Sud, est révélée une volonté des lauréats d’intégrer — architecturalement, paysagèrement, économiquement et en matière de mobilités — le futur port dans la cité avec le souci de faire la part belle au piéton, à de solutions écologiques et à la végétalisation. Et cela en passant de 380 à 803 anneaux et avec la perspective de créer 700 places de parking, deux belles sources de revenus pérennes pour la Ville. Merveilleux ! Mais un nouvel obstacle s’est fait jour : le coût estimé du projet initial s’élevait à 105 M€, celui du projet revisité est de
145 M€.
La taille du problème est encore accrue quand il est constaté que la Collectivité de Corse tarde à répondre à une demande de participation au financement. Pas question de faire machine arrière, car le projet est lancé et surtout, car Jean-Christophe Angelini n’entend pas renoncer à la philosophie du projet qu’il a rappelée lors de la présentation des travaux des lauréats : « Investir 145 M€ dans ce projet de port de plaisance et de pêche n’est pas anodin loin de là, que c’est un chantier inédit en Corse. Notre volonté est de faire de ce port un levier de développement économique pour créer de la richesse de manière à ce que cette dernière soit redistribuée aux Portovecchiais dans la réalisation de projets structurants pour la commune et le quotidien de ses habitants […] Nous voulons un développement harmonieux à tous les niveaux dans le respect de l’identité de notre ville et au seul bénéfice de ses habitants. » À tout problème sa solution. Le plan de financement est adapté à la situation.
Le montage initial est connu et a été validé par les partenaires. Subvention : 20 M€ (État, Plan de transformation et d’investissement pour la Corse). Prêts bancaires : 35 M€ (Banque des Territoires), 25 M€ (Crédit Agricole), 15 M€ (Société Générale). Sont attendus 20 M€ de subvention) Enfin, la commercialisation des droits d’usage des anneaux qui a débuté et va bon train apportera 35 M€. À ceux qui s’inquiètent d’un endettement excessif, Jean-Christophe Angelini répond que la Ville a de la marge, car sa capacité de désendettement est de 5 ans (entre situation saine et situation saine et maîtrisée), et que les recettes annuelles du port devraient atteindre près de 10 M€ par an avant la fin de la décennie vu les travaux allant bon train et l’absence de tout contentieux.
Pas mal non plus !
Le port de plaisance de Bunifaziu a enregistré en 2025 le meilleur résultat financier de son histoire (chiffre d’affaires de 4,9 millions d’euros). Depuis 2008, les recettes de la régie municipale ont augmenté de 225 %, soit une hausse moyenne de 13 % par an. Nullement le produit d’une aubaine, mais le résultat d’une gestion performante (professionnalisation des agents, nouveaux services, tarification adaptée, organisation d’événements nautique) et d’investissements pertinents réalisés depuis le début des années 2010 (restructuration entre 2011 et 2013, élargissement des pontons de Sant'Amanza, coffres pour recevoir la grande plaisance, sécurisation des plans d’eau, qualité environnementale). Pas question cependant de s’endormir sur le lit de lauriers.
Le maire de Bunifaziu, Jean-Charles Orsucci, et son équipe continuent d’aller de l’avant. Durant le premier semestre de cette année, deux grands objectifs ont été atteints : la mise en service de la nouvelle station d’avitaillement, la reprise en régie du port de Cavaddu. Et des projets sont annoncés : une nouvelle capitainerie, requalifier le quai nord dans le cadre du projet d’aménagement de l’anse de la Catena. À Bunifaziu, tout comme à Portivechju, la plaisance est considérée comme un vecteur majeur de développement économique et touristique, et est donc une grande priorité de l’action municipale. Certes, rien de comparable avec ce qui se réalise dans la Cité du sel. Néanmoins, pas mal non plus, et pas facile ! Il a fallu compter avec deux obstacles conséquents qui ne sont pas encore totalement franchis.
Opposition aux coffres et résistance des sociétaires de Cavaddu
Premier obstacle : l’opposition aux coffres (équipements d’amarrage fixes installés dans l’eau). Depuis 2020, la France interdit le mouillage des yachts de plus de 24 mètres dans certaines zones de la Côte d’Azur et de Corse afin de protéger les herbiers de posidonie de l’impact et de la traînée des ancres. En août 2021, afin de permettre à ces navires de mouiller dans la baie de Sant'Amanza, 14 coffres ont été mis en place. Cela a représenté un investissement de 2,3 M€, financé à 80 % par l’État. Depuis le début, les associations de défense de l’environnement U Levante et ABCDE dénoncent l’opération. Jean-Charles Orsucci assume : « Les coffres permettent de conserver l’attractivité de l’extrême-sud pour la grande plaisance tout en préservant l’environnement. Si on devait les retirer, plus de 24 mètres mouilleraient en Sardaigne juste en face. Et les revenus que Bunifaziu et la Corse tirent de la venue de ces grandes unités suivraient. » il y a quelques jours, le tribunal administratif de Bastia a annulé l’arrêté du 31 mai 2021, pris par les préfets maritimes de Méditerranée et de Corse-du-Sud, autorisant l’installation des 14 coffres. La juridiction a considéré qu’il était irrégulier, car il n’avait été ni précédé d’une enquête publique, ni soumis à l’avis de la commission des sites de la Corse.
Cependant quelques jours avant le rendu du jugement, les préfets maritimes de la Méditerranée et de Corse-du-Sud ont pris un nouvel arrêté renouvelant pour un an l’autorisation des coffres et de l’accès des grands yachts à la zone de mouillage de Sant'Amanza. U Levante ne lâche cependant pas l’affaire. L’association dénonce un passage en force de l’État, annonce qu’elle va l’attaquer le nouvel arrêté et souligne que si cette fois le texte respecte les nécessités d’enquête publique et d’avis du conseil des sites, il ne prend pas en compte que Sant'Amanza soit espace remarquable Natura 2000 et au cœur d’une réserve naturelle.
Deuxième obstacle, la reprise difficile de la gestion du port de plaisance de l’îlot de Cavaddu. Depuis le 26 juin dernier, profitant de l’expiration d’une délégation de service public qui a duré trente-cinq ans, la commune de Bunifaziu a repris la gestion de ce port. Cette opération a concrétisé une volonté politique forte de replacer cet équipement sous gestion publique (en régie). Mais l’ancien délégataire (Société du port de Cavallo) conteste la date de fin de la concession, estimant qu’elle reste valable jusqu’en 2028. Une procédure est en cours. Les magistrats administratifs vont devoir déterminer la date d’expiration.
Autre difficulté rencontrée par la municipalité de Bunifaziu : la nécessité de remettre rapidement le port en état d’être exploité. S’appuyant sur les conclusions de deux études, la commune de Bunifaziu a, il y a quelques mois, évalué à 8,5 M€ la remise en état des lieux et enjoint à la Société du port de Cavallo de le faire. Ce montant est contesté devant le tribunal administratif. Après la reprise de la gestion du port, pour pouvoir le garder ouvert et commencer l’exploitation, la commune a entrepris des travaux de sécurisation qui ont permis l’ouverture de 80 % des 190 anneaux. Jean-Charles Orsucci regrette les contentieux, mais estime que la commune est dans son bon droit.
Chacun d’un atout conséquent
Outre dynamiser la plaisance, Jean-Charles Orsucci et Jean-Christophe Angelini ont une ambition plus large : développer l’économie bleue, considérant qu’elle représente une opportunité de développement harmonieux et durable des territoires littoraux de Corse, de création d’activités et d’emploi. Rappel : selon la Banque mondiale, l’économie bleue est « l’utilisation durable des ressources de la mer pour la croissance économique, l’amélioration des conditions de vie et la création d’emplois, tout en préservant la santé de l’écosystème » ; selon la Commission européenne, l’économie bleue englobe toutes les activités économiques liées aux océans, aux mers et aux côtes. « Avec 1000 kilomètres de côtes, vouloir développer l’économie bleue, cela relève de l’évidence » affirme le maire de Portivechju. Les deux acteurs disposent chacun d’un atout conséquent pour ambitionner un horizon bleu plaisance et rendre plus aisés de triompher des parcours du combattant auquel expose être un élu visionnaire et aménageur. Jean-Charles Orsucci est depuis quelques mois (il vient d’être réélu), président de l’Association nationale des élus des littoraux (Anel), instance qui fédère les élus des collectivités du littoral de métropole et d’outre-mer autour des enjeux spécifiques du développement économique et de la protection des littoraux. Jean-Christophe Angelini vient d’être élu, présidence de l’Union des Ports de Plaisance de Corse.
JPB
01 Infographie : Jean-Jacques BÉGEL, Perspectiviste, Architecte HMONP pour Cità di Portivechju
02 Crédit photo ; Capitainerie Cità di Bunifaziu