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Notre sélection lecture pour les vacances

I spondi, les rives de la culture /« Les républiques des Lumières, de la Corse à l’Amérique française »/« La Corse et les Corses dans les tempêtes du XVIIIe siècle »/« Chaîne de crimes »/« Les locuteurs du corse aujourd’hui »
Trois et un joker

Août et ses jours du temps libre (pour beaucoup d’entre nous du moins), est le mois de multiples découvertes. Il vous en est proposé trois à la fois : plonger dans du nouveau en ouvrant au moins un livre de Sciences humaines corses ; en savoir plus sur le passé et le présent de notre société ; avoir la révélation que des sciences humaines corses sont déjà bien plus qu’en gestation. Et si les sciences humaines ne sont pas votre tasse de thé, un joker : un technopolar écrit par un originaire de Ghisoni.

I spondi, les rives de la culture

L’histoire a commencé en décembre 1993. Implantées dans la région de Bordeaux, les éditions Le bord de l’eau se sont progressivement imposées comme une maison d’édition en Région faisant autorité dans la publication d’ouvrages ayant trait aux sciences humaines. Leur ligne éditoriale : participer à faire comprendre le monde afin de contribuer à « faire société », contribuer à la construction d’un « être collectif » agissant autant que possible les « yeux ouverts ». Mais quel rapport avec la Corse ? Le rapport tient en un mot « Spondi » qui in lingua nustrale signifie « berges d’un cours d’eau ». Spondi désigne à la fois une maison d’édition et une collection adossées aux éditions Le Bord de l’eau. Spondi édite des ouvrages de sciences humaines permettant de mieux connaître et comprendre la société corse durant son histoire, dans sa réalité d’aujourd’hui et dans son rapport au monde. Spondi se définit elle-même ainsi : « U nostru scopu hè di sparghja u pinsamentu, a cultura è a lingua corsa quì è fora di quì è renda li capiscitoghji u più pussibuli è u più largamenti ch’eddu si pò. Hè l’apartura nicissaria in stu principiu di milleniu à l’epica di u miraculu infurmaticu è di i scambii d’idei lestri com’e a luci ; apartura naturali versu u maritarraniu, a latinità, viculu di a noscia lingua e quidda indispinsevuli versu a lingua francesa. A Corsica, ricca di una storia fatta di spirienzi pulitichi urighjinali è rivuluziunarii si devi di fà corra a so sprissioni linguistica versu i cinqui cuntinenti. È cusi sia !… » Autre rapport avec la Corse, l’ancien président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, du fait de sa qualité d’universitaire, d’auteur et surtout de chercheur dont les travaux portent essentiellement sur la sociolittérature, l’histoire des idées et la construction politique, dirige les publications de Spondi et y a publié ses deux derniers ouvrages : « L’enracinement, L’arradichera » paru l’an passé ; Romain Gary, penseur de l’imaginaire paru il y a quelques semaines. Spondi s’impose progressivement comme la maison d’édition référence pour la publication et la diffusion des travaux de sciences humaines ayant pour objet la Corse et les Corses ou développant une réflexion à partir d’une approche corse de la vision de l’humain et des rapports sociaux. Et oui, les sciences humaines corses, ça existe ! La preuve ci-dessous. Et pour les allergiques, un joker.

1) « Les républiques des Lumières, de la Corse à l’Amérique française »

L’auteur. Thibaut Dauphin, docteur en science politique, chercheur associé à l’université de Bordeaux et à l’université de Corse. Spécialiste des idées politiques et en particulier des Lumières, il consacre ses travaux aux questions de souveraineté, de république, de révolution et de laïcité, en reliant la pensée moderne aux enjeux contemporains.

La thématique. Et si la Corse de Pasquale Paoli avait influencé des luttes d’émancipation bien au-delà de la Méditerranée ? Et si son héritier paradoxal, Napoléon Bonaparte, avait contribué à diffuser cette pensée politique insulaire de manière indirecte, jusqu’au Canada français et à l’Amérique latine ? Cet ouvrage propose une lecture du paolisme comme matrice d’un républicanisme éclairé et transatlantique. Il met en évidence des convergences idéologiques entre Paoli et Napoleon : souveraineté populaire, pédagogie civique, tolérance religieuse, usage stratégique de la propagande, culte de l’ordre éclairé. Enfin, il montre que des figures clés du républicanisme du Nouveau Monde, comme le canadien Louis-Joseph Papineau, incarnent, chacun à leur manière, une déclinaison du républicanisme corse adaptée à leur contexte colonial ou postcolonial. À travers une analyse comparative fondée sur des sources premières (discours, correspondances, textes constitutionnels), l’auteur suit et analyse les circulations d’idées de Corti à Montréal, en passant par Paris.

2) « La Corse et les Corses dans les tempêtes du XVIIIe siècle »

Les auteurs. Ouvrage collectif sous la direction éditoriale d’Isabelle Latour, directrice du Musée Pasquale Paoli, et la direction scientifique d’Erick Miceli, docteur en histoire moderne en codirection aux Universités de Corse et de Gênes, consacrant ses recherches aux dynamiques politiques dans la Corse de l’Époque moderne. Contributions de Valécien Bonot-Galluci, Paolo Calcagno, Loïk Folliot, Sophie Garrone, Antoine-Marie Graziani, Luca Lo Basso, Erick Miceli, Jean-Dominique Poli, Jean-Pierre Poli, Géraud Poumarède.

La thématique. Si la Corse a effectivement constamment attiré l’œil des puissants, les Corses ont parfois profité de ces situations pour chercher à faire passer l’île sous la protection de la grande puissance du moment. Ainsi, quand la République de Gênes donnait des signes de faiblesse, les Corses commençaient à regarder ailleurs. En direction, par exemple, du royaume de France de Louis XIV. Ce livre montre que les Corses s’ils ont subi l’appétit des grandes puissances, ont aussi su habilement en jouer et que l’île et ses hommes n’ont pas été la renfermée ou des enfermés. Les Corses « courent le monde » a relaté un anonyme du XVIIe siècle. Ils se battent, commercent, s’implantent, trafiquent et reviennent parfois chez eux. Leur dynamisme et leur mobilité leur permettent de se lier à d’autres puissances que celle qui exerce sa souveraineté sur le territoire. Cette réalité donnera une teinte très particulière à la série de révolutions menées au XIIIe siècle contre la République de Gênes. En effet, si ces révolutions ont été marquées d’internationalisation, c’est parce que des Corses avaient des relations fortes avec des puissances qui comptaient dans le monde méditerranéen ou ambitionnaient d’y exercer leur influence.

3) « Les locuteurs du corse aujourd’hui »

L’auteure. Marina Branca est docteure et chercheuse en cultures et langues régionales. Elle est rattachée à l’Université de Corse. Ses recherches portent principalement sur la sociolinguistique, et sur la revitalisation du corse et du gallurais.

La thématique. La langue corse recule dans la sphère privée. La transmission familiale est souvent en panne. En revanche, la langue corse gagne du terrain dans le domaine public, notamment via l’école, les médias, les arts et la culture, la parole politique, et la revendication linguistique est largement consensuelle dans la société. Cela permet l’émergence de nouveaux locuteurs. Toutefois, si la fabrication de nouveaux locuteurs est une réalité sociale depuis les années 1970, leur étude scientifique est beaucoup plus récente. Qui sont ces néo locuteurs du corse ? Pourquoi font-ils le choix de parler ou de se (ré) approprier le corse ? Comment cohabitent-ils malgré des trajectoires sociolinguistiques diverses ? Sont-ils l’expression d’un nouveau riacquistu et le salut du corse ? Marina Branca apporte des réponses parfois déstabilisantes, mais toujours pertinentes.

4) « Chaîne de crimes »

L’auteur. Chris Costantini est un auteur de polars dans lesquels le jazz ne cesse de résonner, car il est également saxophoniste. Son héros ne s’appelle pas Thelonious par hasard. Passionné par l’ADN et les dernières recherches en matière de génétique.

Synopsis. « Chaîne de crimes » est un technopolar qui se déroule à New York, écrit sous l’égide du pôle Cold Case de la Gendarmerie Nationale. Il soulève des questions sur la microchimie qui remet en question depuis peu les certitudes sur l’intégrité de notre ADN. « Chaîne de crimes » est une nouvelle aventure du détective Thelonious Avogaddro. Il est confronté dans un cold case à un des rares cas où l’ADN n’est plus une preuve absolue, donnant une forme d’impunité à un tueur en série. Pour résoudre cette affaire vieille de plusieurs décennies, Thelonious s’appuie sur les dernières découvertes en matière d’ADN qui viennent bouleverser les connaissances de la génétique puisque l’on sait désormais que nous pouvons tous être porteurs de plusieurs ADN !

Alexandra Sereni
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