RN en Corse : fin de l’amateurisme
Christophe Versini semble être l’homme qu’il faut où il faut.
RN en Corse : fin de l’amateurisme
Les socles électoral et militant locaux ont été construits par l’aura de Marine Le Pen et l’action de terrain de Francois Filoni, ne reste qu’à les solidifier et les faire grandir. Christophe Versini semble être l’homme qu’il faut où il faut.
En Corse, durant des décennies, ni l’infréquentable extrême-droite Front National (FN), ni la désormais quasi acceptée droite de la droite Rassemblement national (RN) n’ont vraiment compté localement. Leurs quelques bons résultats lors des élections à l’Assemblée de Corse et leur modeste présence militante n’ont tenu qu’à l’implantation électorale ou à la notoriété de quelques fortes personnalités (Pascal Arrighi, Jean-Baptiste Biaggi, Roger Holeindre) et à des modes de scrutin à la proportionnelle donnant aux « petites listes » une chance d’obtenir des élus. Les tentatives de structuration se sont soldées par des échecs.
FN puis RN n’ont vraiment tiré leur épingle du jeu que lors des élections européennes et surtout lors des élections présidentielles. En effet, lors des scrutins présidentiels, le FN puis le RN représentés par Le Pen père puis Le Pen fille ont obtenu des résultats d’abord encourageants lors des premiers tours (14 % en 1988, 20 % en 1995 et 2002, 13 % en 2007) puis carrément triomphaux lors des premiers tours (24 % en 2012, 27,88 % en 2017, 28,59 % en 2022) et des seconds tours (presque 50 % en 2017, plus de 58 % en 2022).
En 2024, la donne a changé. Lors des élections législatives, trois des quatre candidats RN ont été en mesure de se maintenir au second tour, deux ayant obtenu plus de 30 % des suffrages exprimés, deux plus de 25 %. Il convient de se rappeler que ces résultats ont été le fait de candidats dont trois sur quatre étaient d’illustres inconnus totalement inexpérimentés et n’ayant quasiment aucune connaissance des réalités de leur circonscription.
Seul des quatre, Francois Filoni était un candidat connu, a priori crédible et ayant une connaissance du terrain. L’amateurisme a donc miraculeusement payé.
Ces résultats plus que satisfaisants, mais reposant sur des candidats sans consistance ni assise (hormis François Filoni) et une absence quasi totale de structure militante, et aussi l’apparition d’une droite de la droite s’affirmant nationaliste corse incarnée par Mossa Palatina, ont manifestement incité les instances nationales du RN à s’intéresser sérieusement à la Corse et à vouloir en finir avec l’amateurisme.
Nouvelle donne
Pour l’heure, première étape stratégique, le RN joue le jeu dans le cadre de l’Unione di i Patriotti l’associant à Mossa Palatina et s’emploie à s’organiser et se déployer. Plus précisément, il tient d’abord compte du fait qu’il n’est pas de taille à vraiment exister en Haute-Corse, du fait de l’implantation de Nicolas Battini dans la première circonscription et de Francois-Xavier Ceccoli dans la deuxième. Il marque néanmoins sa présence en la personne d’Audrey Mori, infirmière libérale de 38 ans, élue d’opposition à Biguglia, nommée adjointe Haute-Corse du délégué territorial Christophe Versini récemment désigné avec pour mission de solidement structurer le parti à la flamme dans toute l’île et de le mettre en capacité de livrer efficacement bataille lors des prochains scrutins.
En revanche, en Corse du Sud, le RN entend être le premier. Et il en a les moyens ! Les socles électoral et militant locaux ont été construits par l’aura de Marine Le Pen et l’action de terrain de Francois Filoni, ne reste qu’à les solidifier et les faire grandir. Quadra présentant bien, originaire de Villanova, issu de la Diaspora, ayant une formation de juriste, collaborateur parlementaire du député RN du Var Stéphane Rambaud, fort d’une expérience politique et électorale (il a milité à l’UMP avant d’être candidat à l’occasion de plusieurs scrutins dans les Hauts-de-Seine), Christophe Versini semble être l’homme qu’il faut où il faut.
A priori un profil pour séduire Corses, continentaux installés et nouveaux arrivants. A priori une dimension politique et militante en mesure de transcender les énergies existantes et d’en attirer de nouvelles. A priori en mesure de composer avec Mossa Palatina en ne se laissant pas diluer par le discours populiste et corsiste bien ficelé et bien rodé de Nicolas Battini et ses amis. C’est à retenir, fin juillet, à l’hôtel Stella di mare, route des Sanguinaires, à Aiacciu, lors d’une première rencontre avec des militants, Christophe Versini a confirmé le partenariat RN-Mossa Palatina sous la bannière Unione di i Patriotti : « Mossa Palatina est une plus-value qui permet à des nationalistes de voter pour eux et donc pour notre alliance. »
Chacune des parties y ayant pour l’heure politiquement et électoralement intérêt, et cela donnant du temps au temps au RN pour en finir définitivement avec l’amateurisme, et surtout si Marine Le Pen entre à l’Élysée, ce partenariat durera probablement au moins jusqu’aux prochaines élections territoriales.
Pierre Corsi
Crédit photo : Rassemblement National