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Les nouveaux aristocrates

L'affaire Olivier Duhamel, cet illustre professeur de droit, accusé d'avoir violé l'un de ses beaux-fils
Les nouveaux aristocrates

L’affaire Olivier Duhamel, cet illustre professeur de droit, accusé d’avoir violé l’un de ses beaux-fils alors que ce dernier n’avait que treize ans, révèle, au-delà du cas de pédophilie incestueuse, le caractère ambigu de l’après-mai 1968, trop souvent qualifié d’évènement révolutionnaire alors qu’il signifiait la prise de pouvoir par une nouvelle bourgeoisie libérale devenue une aristocratie républicaine de gauche et de droite. C’est l’histoire d’un inceste politique.


Un petit marquis intouchable


Olivier Duhamel est un violeur d’enfants comme hélas, il en existe des millions à travers le monde, un être immature qui s’en prend à des êtres en devenir. Mais Olivier Duhamel est plus que ça : ce brillant professeur de droit constitutionnel est l’une des incarnations de la génération du baby-boom qui, après mai 1968, a défait les vieilles baronnies gaullistes, radicales et communistes pour capter le pouvoir réel : celui de la culture, de l’intellectualisme et, ce faisant, établir des réseaux de relations avec ceux de l’argent.

De Gaulle avait créé l’ENA pour « démocratiser » la haute fonction publique
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L’ENA (d’où sortent une immense majorité de nos préfets) est devenue un des rouages essentiels de l’État et une traverse formidable pour le « pantouflage », ce va-et-vient indécent entre le privé et le public, le politique et l’économique (il n’y a qu’à voir le parcours de notre président). C’est ainsi que la fameuse révolution de mai 1968, loin d’aboutir à un renversement social, a ouvert grandes les portes d’un libéralisme qui avait pris son essor aux USA après la Seconde Guerre mondiale.

Les peuples, tous les peuples, portent en eux un génome qui les amènent à irrémédiablement recréer les mêmes mécanismes de gestion, d’expansion et de survie. La Russie recherche inlassablement au-delà de ses frontières un empire tour à tour détruit puis reconstruit. La Chine également. La France, elle, renaît de ses cendres en réincarnant son aristocratie. Et l’affaire Duhamel démontre le poids de cette couche sociale qui rappelle l’ancien conflit entre les Bourbons et les Orléans.
Nul ne connaît réellement le mystère de l’ascendant d’un individu sur ses contemporains. Vraisemblablement de l’audace ajoutée à de l’arrogance… Une présence, peut-être et aussi une bonne dose de cynisme. Sans oublier une bonne naissance. La pédophilie de Duhamel était, semble-t-il, connue par des centaines de personnes. Le monde mitterrandien était déjà gangrené par ce mal.
Et ce petit monde se tenait par la barbichette. Mais n’est-ce pas là le signe indéniable d’une putréfaction qui, à l’instar de celle qui touche le poisson, commence par la tête. Le président lui-même, son ministre de la justice, celui de la Culture, partageait de pareils goûts pour la toute jeunesse.
Alors pourquoi se gêner ? Et c’est cette génération bénite, celle qui a profité des Trente glorieuses, qui a dirigé la France en squattant tous les postes de direction.

L’omertà dirigeante


Est-ce à dire que tous nos dirigeants partagent ce désir brûlant pour la consommation des tout jeunes ? Certainement pas.
Mais il faut avouer que le silence qui a protégé Olivier Duhamel durant près de vingt ans est accablant. Cette loi du silence n’a pour explication que la lâcheté de ceux qui savaient, mais aussi leur complicité sociale.
Mieux vaut se taire pour ne pas bousculer un ordre établi. Et tant pis pour les petites victimes. En cela, l’entourage d’Olivier Duhamel n’est guère différent de ces notables bourguignons qui se turent face au tueur en série Émile Louis, ou de ces bourgeois toulousains qui couvrirent des affaires de viol parce que les coupables appartenaient à leur classe sociale.

Paradoxalement, les sociétés progressent souvent grâce à de petits faits, de ceux qu’on désigne comme divers et qui, en fait, dévoilent mieux que cent discours des pans entiers de nos zones d’ombre. Il y a fort à parier que le livre de Camille Kouchner œuvrera mieux contre la pédophilie que la commission ad hoc dont la présidente n’était autre qu’Elizabeth Guigou, une des proches d’Olivier Duhamel.
Tous ces grands bourgeois, confits dans leurs certitudes et leurs impunités, ne devraient pourtant pas oublier que si la France recrée inlassablement ses aristocraties, il a aussi pour habitude de les détruire.

GXC
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