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Cette dictature intellectuelle qui nous vient des Etats Unis

Aux Etats Unis la nouvelle gauche, la " cancel culture "
Cette dictature intellectuelle qui nous vient des États-Unis


Aux États-Unis, la nouvelle gauche, née des mouvements #metoo et Black Lives Matter, a provoqué l’essor d’un phénomène qui inquiète de nombreux intellectuels à travers le monde, la « cancel culture », autrement dit la volonté de faire taire des voix jugées dissonantes, dangereuses ou haineuses. Né sur les réseaux sociaux, ce phénomène se traduit par des mobilisations qui ont fini par provoquer des démissions, renvois, annulations de conférence, etc. Et voilà que cette vague a atteint l’Europe et notamment la France. Aux États-Unis, des intellectuels de gauche s’insurgent contre ce nouveau maccarthysme.


Des purges idéologiques

Début juin, le directeur des pages « Opinion » du New York Times, James Bennet a été renvoyé de son journal pour avoir publié une tribune d’appui à Donald Trump. Des voix se sont aussitôt élevées pour dénoncer un texte qui aux dires de ses détracteurs pouvait porter atteinte à la sécurité des personnes noires. Aussitôt, d’autres personnalités ont estimé que James Bennet avait été limogé pour satisfaire les réseaux sociaux dominés par l’ultra-gauche. David Shor, un analyste de données a été licencié début juin par son employeur, Civis Analytics, une société de conseil politique proche des démocrates parce qu’il aurait retweeté l’étude d’un chercheur, de l’université de Princeton (New Jersey), qui tendait à démontrer que les manifestations violentes, comme il a pu y en avoir récemment aux États-Unis pour dénoncer les violences policières, ont un impact positif sur le vote républicain. Cette analyse a été jugée hostile au mouvement anti-raciste et comme une manière de faire taire la colère des populations noires aux États-Unis. Mais d’autres intellectuels jugent le mouvement de la Cancel Culture positif. Car à la manière de la discrimination positive, il va permettre de rendre plus audibles des voies jusque-là condamnées au silence. La Cancel culture a provoqué une lettre ouverte publiée sur le site de la revue américaine, Harper’s Magazine, de plus de 150 membres de l’intelligentsia internationale, surtout anglo-américaine, qui mettent en garde contre une forme de censure inédite exercée par des minorités ou pour leur compte. Parmi les signataires, on trouve des noms illustres d’écrivains, d’universitaires et de journalistes tels que Salman Rushdie, Garry Kasparov, Margaret Atwood, Martin Amis, Noam Chomsky, Stephen Pinker, Malcolm Gladwell ou Jonathan Haidt. Ils appartiennent autant à la gauche qu’à la droite du spectre politique.


The woke ou le nouvel ordre moral

Selon les auteurs, la nouvelle censure qui s’exerce dans les universités, les maisons d’édition, les médias et même les entreprises, se caractérise par une « intolérance à l’égard des opinions divergentes », un « goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme » et une « tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. » Il s’agit d’exclure du discours public à la fois certains points de vue et les voix qui les portent. L’idéologie au nom de laquelle ces prohibitions sont imposées est le woke, ce politiquement correct dopé aux stéroïdes ; la stratégie adoptée par ses partisans est la cancel culture, littéralement « la culture de l’annulation » ou « du boycott ». La pensée est donc désormais coincée entre la pensée unique des dictatures comme celle de Chine et celle du bottom up, portée par les réseaux sociaux et les militants avec l’appui d’un grand nombre des vrais privilégiés, les peoples, vedettes et autres m’as-tu-vu qui, étant majoritairement blancs, hétéros et cis, ressentent le besoin de se faire bien voir en dénonçant publiquement tout écart doctrinal de la part de leurs semblables.


L’idéologie horizontale contre la verticale


Les marxistes d’hier sont devenus les racialistes d’aujourd’hui. Au nom d’une mauvaise conscience qui chez nous prend les aspects de la repentance postcoloniale, on refait l’histoire quitte à carrément l’amputer. Hier les révolutions mutilaient les monuments et niaient le passé. Aujourd’hui le même phénomène appelé woke aux États-Unis, emporte tout sur son passage. Le woke, d’un mot anglais voulant dire « éveillé » ou « vigilant », marche sur quatre pattes : la race en exacerbant les conflits entre « racisés » et « vieux mâle blanc » ; un féminisme caricatural qui montre l’homme comme un ennemi ; la sexualité, en incitant les minorités à mettre au pas la majorité hétéro ; et le genre, montant les transgenres et autres non-binaires contre les cis, c’est-à-dire tous ceux qui ne se catégorisent pas comme les premiers. Et pour tout de même montrer qu’on n’oublie pas totalement le passé, on rend le capitalisme coupable de toutes ces oppressions et on cherche à le détruire par le truchement de ces luttes horizontales. Gramsci prétendait que le véritable combat se passait au niveau de la super structure de l’idéologie. Il avait raison. Les nouveaux damnés de la terre ou prétendus tels ont décidé de mettre fin au vieux monde. Pour le pire vraisemblablement.


GXC



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