• Le doyen de la presse Européenne

Per a Corsica : du "Ghjuramentu" au pugilat !

On aurait pu pensezr qu'à défaut d'unité flamboyante, il resterait un peu de pudeur.
Per a Corsica : du « Ghjuramentu au pugilat !

On aurait pu penser qu’à défaut d’unité flamboyante, il resterait un peu de pudeur. Que le lit devenu à part du ménage à trois Per a Corsica ne serait pas accompagné de bris de vaisselles. Il n’en n’est rien.


Il ne reste que quelques semaines avant la tenue des élections régionales.
Ce rendez-vous ne suscite guère l’intérêt du grand public. De Dunkerque à Bonifacio, ni passion, ni débat.

D’ailleurs, pourrait-il en être autrement ? D’une part, la thématique Covid-19 hante les esprits, la vie sociale, le discours politique et le champ médiatique : les pensées et les velléités d’agir sont vampirisées par la crainte de la maladie ; il s’est installé un contexte anxiogène et une peur du lendemain économique et social ; il est difficile de se rassembler, se réunir ou se rencontrer ; le traitement de l’information est conditionné par le suivi de l’évolution de la crise sanitaire.

D’autre part, la vie politique devient atone : les idéologies sont boudées ou rejetées ; les évolutions rapides des technologies et des échanges mondialisés ainsi que les renoncements ou les reniements politiciens rendent les programmes et les promesses peu crédibles ; les partis sont de moins en moins laboratoires d’idées, forces de proposition, organisateurs de la démocratie et foyers d’engagement militant, et de plus en plus émetteurs de « voix de son maître » et cercles de querelles d’egos, de luttes d’influence et de distribution d’investitures. Enfin, la plupart des « grands médias » contribuent à susciter l’ennui, l’indifférence et l’abstention des citoyens : les articles de fond, reportages, enquêtes et analyses sont remplacés par des adaptations ou des reproductions de communiqués, ou par des comptes-rendus au besoin complétés par des interviews cédant à la complaisance ; les confrontations entre leaders politique et les « face à la presse » de ces derniers sont aseptisés ; l’électeur doit le plus souvent se contenter de monologues ou d’entretiens préalablement formatés par les communicants des candidats.

Dommage que tout cela car de grands enjeux seront au cœur des élections de juin prochain. Ainsi, chez nous, elles détermineront si le nationalisme est, comme en Euskadi ou en Catalogne, capable de rester durablement aux commandes d’une institution importante autre qu’une grande municipalités, en l’occurrence la Collectivité de Corse. Ce qui, à ce jour, reste à démontrer. En effet, les succès nationalistes aux présidences des Chambre des Métiers de Haute-Corse, de Commerce et d’Industrie de Corse du Sud, d’Agriculture de Corse du Sud ont été sans lendemain.

Certes, la majorité territoriale nationaliste a triomphalement été reconduite en décembre 2017. Mais cela est peu probant car, n’ayant été que durant 24 mois aux responsabilités, il ne lui a fallu ni défendre le bilan d’une gestion quotidienne, ni justifier l’impossibilité d’imposer la satisfaction de la plupart de ses revendications historiques, ni relooker ou renouveler son message. Par ailleurs, en décembre 2017, cette même majorité a bénéficié de l’élan de ses « victoires historiques », d’une dynamique d’union dès le premier tour (Per a Corsica), de la dispersion de ses opposants et de l’absence d’un challenger d’envergure.

L’Appel des 7

La capacité du nationalisme de durer aux commandes de la Collectivité de Corse reste d’autant plus à prouver que, depuis plus d’une semaine, et ce alors que Laurent Marcangeli bat la campagne et rassemble à droite et au-delà, la majorité territoriale se déchire sur la place publique. Le triste scénario des élections municipales semble être appliqué en copier-coller à la préparation des élections territoriales.
On aurait toutefois pu penser qu’à défaut d’unité flamboyante, il resterait un peu de pudeur. Que le lit devenu à part du ménage à trois Per a Corsica ne serait pas accompagné de bris de vaisselles. Il n’en n’est rien.
Coiffé de sa casquette de secrétaire général Femu a Corsica, Jean-Félix Acquaviva a jeté à terre la première pile d’assiettes. A des mots caporalistes peu recevables « Cela ne peut pas être la course à l'échalote entre les membres de l'Exécutif (…) Il faut en finir avec les positions discordantes sur de nombreuses questions », il a ajouté des mots qui ne pouvaient qu’être jugées insultants car donnant des leçons « Il faut se recentrer sur nos principes, nos valeurs » puis exprimant une offre à peine voilée de débauchage d’élus ou de personnalités appartenant à Corsica Libera ou au Partitu di a Nazione Corsa : « Il faut, pour se renouveler, dépasser les logiques d'appareil.

C'est comme cela que nous transformerons l'essai. »
A l’heure où sont écrites ces quelques lignes, U Partitu di a Nazione Corsa n’a pas réagi. En revanche, Corsica Libera a apporté une réponse cinglante soulignant que Femu a Corsica avait signifié la fin de Per a Corsica : « Corsica Libera prend acte de la déclaration du secrétaire général de la formation politique Femu a Corsica qui affirme, de manière unilatérale, vouloir mettre un terme à des accords conclus pour dix ans, et, ainsi, enterrer la démarche Pè a Corsica (…)

Cette position est à nos yeux inacceptable et contraire même à l’éthique nationaliste, basée sur le respect des deux courants historiques indépendantiste et autonomiste. »
C’est une évidence, après le « Ghjuramentu », le pugilat ! Ceci a été acté et déploré par les sept signataires d’un « Appel aux leaders politiques nationalistes élus » intitulé « Ni soutien inconditionnel, ni caution, ni blanc-seing ». Jo Peraldi, Battista Rotilj Forcioli, Pierrot Susini, Jean-Pierre Susini, Nanou Battestini, Louis Sarocchi et Pierre Poggioli, tous militants ayant été en première ligne dans les combats les plus difficiles ont écrit : « Le pouvoir que nous avons contribué à vous donner avec le peuple, en vous plaçant aux commandes des institutions actuelles de l’île représentait une mission que vous deviez accomplir au service de la sauvegarde de la Corse et de son peuple, et ne signifiait nullement la fin du chemin et des luttes vers l’émancipation. (…) Le temps a passé, et au fil des mois et des années, nous n’avons rien senti venir ou avancer (…) Nous ne vous avions pas élus que pour “une meilleure gestion”, mais pour des évolutions et des changements en profondeur (…) Et puis sidérés, le temps passant, nous sommes allés de déception en déception, de désillusions en désillusions quand nous avons vu et nous voyons ce qu’est devenue notre Corse, déjà si malmenée avant, depuis 2015... (…) Et aujourd’hui, vous vous représentez en ordre dispersé aux suffrages (…)

Qu’avez-vous fait du Ghjuramentu de 2015, quand, renouant avec les “Cunsulte” historiques paolistes, vous avez prêté serment, de “servir l’intérêt collectif du peuple corse ? »



Pierre Corsi

Partager :