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Nouvelle-Calédonie : l’accord introuvable et le spectre d’une rupture

Où en est réellement l’accord de Bougival ?

Nouvelle-Calédonie : l’accord introuvable et le spectre d’une rupture



En affirmant que « l’État doit nous donner cette pleine souveraineté », Marie-Pierre Goyetche n’a pas seulement réaffirmé la ligne politique du FLNKS. Elle a mis en lumière l’impasse profonde dans laquelle se trouve aujourd’hui la Nouvelle-Calédonie, enfermée dans un processus institutionnel sans horizon partagé et exposée à des scénarios de plus en plus déstabilisateurs.

Invitée du journal télévisé le 14 décembre, la présidente du Parti travailliste, membre du bureau politique du FLNKS, a défendu une position constante : le rejet de l’accord de Bougival et de son complément du 19 janvier. Pour le mouvement indépendantiste, ces textes ne constituent ni un compromis historique ni une véritable sortie de crise, mais une tentative de refermer la question coloniale sans en traiter le cœur politique.

Où en est réellement l’accord de Bougival ?


Négocié dans un contexte de fortes tensions après les violences de 2024, l’accord de Bougival avait pour objectif premier de rétablir un minimum de stabilité institutionnelle. Il propose une réorganisation de la gouvernance locale, des ajustements du fonctionnement des institutions et un cadre transitoire censé éviter une nouvelle déflagration. Mais il ne fixe aucun cap clair sur la question de la souveraineté.
C’est précisément ce flou qui nourrit la contestation. Pour les forces loyalistes, Bougival représente un équilibre acceptable permettant de maintenir la Nouvelle-Calédonie dans la République tout en adaptant son statut. Pour le FLNKS, il s’agit au contraire d’un texte de gestion, pensé pour gagner du temps, sans reconnaissance du droit du peuple kanak à l’indépendance. En ce sens, Bougival n’est pas un point de départ, mais un point mort.

Un dialogue revendiqué, mais verrouillé


Officiellement, chacun appelle au dialogue. Le FLNKS affirme vouloir reprendre les discussions « de façon loyale », allant jusqu’à demander une rencontre avec le président de la République. Mais ce dialogue se heurte à un désaccord fondamental : pour les indépendantistes, l’accession à la pleine souveraineté ne peut être qu’un préalable. Pour l’État et les autres signataires, cette exigence empêche toute recherche de compromis.
Le mot indépendance agit comme un déclencheur de blocage. Dès qu’il est prononcé, les lignes se figent, les accusations de refus du dialogue se croisent et le processus politique se grippe. Chacun accuse l’autre d’intransigeance, tandis que le terrain social continue de se fragmenter.

L’accord de Kanaky, une autre trajectoire assumée


Face à Bougival, le FLNKS avance son propre projet : l’accord de Kanaky. Adopté lors de la convention de Yaté en avril 2025, ce texte de dix pages revendique clairement l’accession à la pleine souveraineté, assortie du maintien d’un lien rénové avec la France. Il prévoit une phase de transition, la mise en place d’une assemblée constituante et un référendum final pour valider une nouvelle constitution.
Le mouvement inscrit cette démarche dans la continuité de Nainville-les-Roches, des accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa, estimant que ces jalons portaient déjà la promesse d’une émancipation inachevée. Mais cette vision se heurte à une société profondément divisée, où une partie importante de la population refuse toute perspective d’indépendance.

Une situation sans issue claire


L’absence de cap partagé ouvre la voie à des scénarios inquiétants. Le premier est celui d’une nouvelle guerre civile de basse intensité, faite de violences sporadiques, de radicalisation et de perte de confiance durable dans les institutions. Le second est celui d’une partition de fait de l’archipel, avec des territoires, des loyautés politiques et des intérêts économiques de plus en plus disjoints.
Ni l’un ni l’autre n’est officiellement revendiqué, mais tous deux progressent en creux, nourris par l’immobilisme politique. Faute d’une vision commune et d’un calendrier lisible, la Nouvelle-Calédonie reste suspendue entre une paix fragile et une rupture annoncée, dont le coût humain et politique pourrait être considérable.

Un effondrement économique et une fuite des habitants


À cette crise politique s’ajoute une dégradation économique et démographique rapide. L’archipel connaît un net recul de l’activité, marqué par l’effondrement de secteurs clés, la fragilisation des finances publiques et la montée du chômage. Les violences de 2024 ont durablement altéré l’attractivité du territoire, accélérant les fermetures d’entreprises et la défiance des investisseurs. Parallèlement, une hémorragie démographique est à l’œuvre : cadres, enseignants, soignants et jeunes diplômés quittent massivement la Nouvelle-Calédonie, privant le pays de compétences essentielles et aggravant encore la spirale du déclin.

GXC
Crédit photo: D.R
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