Tu ne tueras pas ! : un commandement fondateur
.Un appel à la vigilance et à la foi
Tu ne tueras pas ! : un commandement fondateur
En cette période du Carême, il est bon de revenir sur l’un des commandements qui fonde notre civilisation, enfin le croyait-on. Tu ne tueras pas, signifiant d’abord que la vie est sacrée et qu’il faut la protéger. Aujourd’hui, par l’abjecte loi en cours d’examen devant le Parlement, dont l’intitulé lui-même nous glace le sang, il est question « d’aider à mourir » !
C’est l’urgence du moment, comme si nos gouvernants n’avaient pas à faire face à d’autres priorités, tant la situation générale du pays, comme celle internationale, n’était pas préoccupante.
Mais non, à marche forcée, il faut avancer, sans prendre aucun temps de réflexion, et l’on a même appris que, pour accélérer le chemin vers la fin, le temps de parole de chaque député serait encore plus limité qu’à l’accoutumée.
Un débat parlementaire sous tension
On n’entend guère nos députés, censés être imprégnés, par osmose, de la morale et de l’éthique chrétiennes, se manifester bruyamment pour protester contre ce que la majorité des associations, catholiques notamment, du corps médical et des sociétés savantes de médecins considèrent comme le fait de briser un tabou primordial.
Nous verrons quel sera leur vote final, et l’on espère qu’il ne sera pas marqué par une abstention qui n’est que la position des pleutres.
Une mécanique mortifère
Quoi qu’il en soit, les échos que l’on a des débats et du texte en cours d’examen indiquent que l’objectif poursuivi est de favoriser, envers et contre tout, ce qu’il faut bien appeler des meurtres organisés, tant les garde-fous et précautions sont réduits à la portion congrue. La moindre faiblesse de l’homme, et la mécanique mortifère pourra s’engager sans repentir, sans que les proches puissent intervenir. C’est l’horreur qui se met en place, froidement, mécaniquement, bureaucratiquement.
Les médecins donneront la mort : qui pourra d’ailleurs alors les consulter sans la crainte qu’ils nous envoient à l’échafaud ?
Le serment d’Hippocrate en question
Et le serment d’Hippocrate, qu’en fait-on, en ce qu’il indique : « Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. » Le législateur, face à cela, semble vouloir supprimer la moindre clause de conscience ; ils devront donc, ce sera la loi, provoquer la mort, alors qu’ils sont chargés de sauver les êtres et de défendre la vie. Quelle infamie nous prépare-t-on ! Comment en est-on arrivé à ce point de nihilisme qui nous rappelle les époques où l’eugénisme était mis en œuvre à grande échelle et où la suppression des plus faibles était un programme organisé méthodiquement ?
Marchandisation et rupture anthropologique
Si l’on y réfléchit un peu, on se dit néanmoins qu’à l’ère de la marchandisation généralisée, cela n’est pas étonnant. Tout est marchandise, tout est marché ; nos corps aussi doivent suivre le même chemin, et nos vies également. Il n’est pas sans lien que l’on ait posé, par un prétendu altruisme et pour le bien de tous, le principe que le consentement au don d’organes est… de principe. Si l’on n’est pas d’accord, il faut s’y opposer expressément.
Ainsi, dorénavant, on pourra tuer et inciter le plus grand nombre à y consentir dans des conditions des plus discutables ; et ensuite, on prélèvera les organes presque dans le même mouvement, si ce n’est concomitamment. La boucle est bouclée.
Ceux qui ont décidé de nous imposer leurs vues mortifères ont tout prévu dans le cadre de la vision utilitariste qui les meut.
Et tout cela n’est finalement que dans la continuité de la déliquescence générale dans laquelle nous nous trouvons, car on ne cesse de nous dire qu’il n’y a plus de différences de sexes (et deux sexes), mais des « genres », qu’ainsi un animal est l’égal de l’homme, et même supérieur à lui. Dès lors, de quoi les hommes, ravalés à un état d’êtres inférieurs, auraient-ils à se plaindre ? Ils ont fait leur temps ; on les supprime si l’on juge (mais qui a le droit de juger ?) qu’ils sont en trop (d’ailleurs, ils émettent du gaz carbonique, ce qui est mauvais pour la planète : on fait ainsi d’une pierre deux coups). Le moindre mouvement de faiblesse, du vague à l’âme, conduisant à douter de la vie et à réclamer qu’on y mette fin, et voilà la machine qui s’enclenche vers l’abîme.
Le sens commun, la décence commune, devrait conduire à aider à vivre pour dépasser ces moments, non, au contraire : à la trappe et bon débarras.
Il s’agit, par ce projet du législateur, de valider une véritable rupture anthropologique qui nous conduit dans les flammes de l’enfer le plus sordide.
La dignité humaine selon Dignitas infinita
Pour le 19e anniversaire de la mort de saint Jean-Paul II, l’Église nous a donné un texte fort intitulé Dignitas infinita sur la dignité humaine.
Par cela, il est rappelé à quel point la vie de l’homme est précieuse et digne :
« (Dignitas infinita) une infinie dignité, inaliénablement fondée dans son être même, appartient à chaque personne humaine, en toutes circonstances et dans quelque état ou situation qu’elle se trouve. Ce principe, pleinement reconnaissable même par la seule raison, fonde la primauté de la personne humaine et la protection de ses droits. L’Église, à la lumière de la Révélation, réaffirme et confirme sans réserve cette dignité ontologique de la personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu et rachetée dans le Christ Jésus ». C’est de cette vérité qu’elle tire les raisons de son engagement envers les plus faibles et les moins dotés de pouvoir, en insistant toujours sur « le primat de la personne humaine et la défense de sa dignité en toutes circonstances ». »
Et il est ajouté : « La Révélation biblique enseigne que tous les êtres humains possèdent une dignité intrinsèque, car ils sont créés à l’image et à la ressemblance de Dieu : « Dieu dit : “Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance”. […] Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 26-27) ». L’humanité a une qualité spécifique qui fait qu’elle n’est pas réductible à la pure matérialité. L’« image » ne définit pas l’âme ou les capacités intellectuelles, mais la dignité de l’homme et de la femme.
L’Église face à l’euthanasie
Et précisément, pour ce qui concerne « l’aide à mourir », l’Église a perçu et posé très clairement les enjeux : « Il existe un cas particulier d’atteinte à la dignité humaine, plus silencieux mais qui gagne beaucoup de terrain. Il a la particularité d’utiliser une conception erronée de la dignité humaine pour la retourner contre la vie elle-même. Cette confusion, très répandue aujourd’hui, apparaît au grand jour lorsque l’on parle d’euthanasie. Par exemple, les lois qui reconnaissent la possibilité de l’euthanasie ou du suicide assisté sont parfois appelées « lois sur le droit de mourir dans la dignité » (“death with dignity acts”). L’idée que l’euthanasie ou le suicide assisté sont compatibles avec le respect de la dignité de la personne humaine est largement répandue. Face à ce constat, il faut réaffirmer avec force que la souffrance ne fait pas perdre à la personne malade la dignité qui lui est propre de manière intrinsèque et inaliénable, mais qu’elle peut devenir une occasion de renforcer les liens d’appartenance mutuelle et de prendre conscience de la valeur de chaque personne pour l’ensemble de l’humanité.
Un appel à la vigilance et à la foi
Il est certain que la dignité de la personne malade dans un état critique ou terminal exige de chacun les efforts appropriés et nécessaires pour soulager ses souffrances par des soins palliatifs appropriés et en évitant tout acharnement thérapeutique ou toute intervention disproportionnée. Ces soins répondent au « devoir constant de comprendre les besoins du malade : besoins d’assistance, soulagement de la douleur, besoins émotionnels, affectifs et spirituels ». Mais un tel effort est tout à fait différent, distinct, et même contraire à la décision d’éliminer sa propre vie ou la vie d’autrui sous le poids de la souffrance. La vie humaine, même dans sa condition douloureuse, est porteuse d’une dignité qui doit toujours être respectée, qui ne peut être perdue et dont le respect reste inconditionnel. En effet, il n’y a pas de conditions sans lesquelles la vie humaine cesse d’être digne et peut donc être supprimée : « la vie a la même dignité et la même valeur pour tous : le respect de la vie de l’autre est le même que celui que l’on doit à sa propre existence ». Aider la personne suicidaire à mettre fin à ses jours est donc une atteinte objective à la dignité de la personne qui le demande, même s’il s’agit de réaliser son souhait : “nous devons accompagner les personnes jusqu’à la mort, mais ne pas la provoquer ni favoriser aucune forme de suicide. Je rappelle que le droit aux soins et aux traitements pour tous doit toujours être prioritaire, afin que les plus faibles, notamment les personnes âgées et les malades, ne soient jamais écartés. En effet, la vie est un droit, non la mort ; celle-ci doit être accueillie, non administrée. Et ce principe éthique concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens ou les croyants”. Comme cela a déjà été dit, la dignité de chaque personne, même faible ou souffrante, implique la dignité de tous. »
Imprégnons-nous alors de ces paroles de sagesse pour nous fortifier pendant le Carême et crier notre foi dans la vie en nous opposant à ces visées mortifères.
SALLUSTE