Temporisation, gesticulation, consternation
Ces derniers jours, ce qui domine la vie politique de chez nous, n’est pas nature à susciter matière à s’enthousiasmer ou espérer.
Temporisation, gesticulation, consternation
Ces derniers jours, ce qui domine la vie politique de chez nous, n’est pas nature à susciter matière à s’enthousiasmer ou espérer. Tout ou presque est consternant.
Temporisation à Paris
Plus de quatre ans après le lancement du processus Beauvau, les députés (Michel Castellani, François-Xavier Ceccoli,
Paul-André Colombani, Laurent Marcangeli) et les sénateurs (Jean-Jacques Panunzi, Paulu Santu Parigi) ont été reçus, pour un dîner de travail, par la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel, semble-t-il préposée au suivi du dossier Corse. Il semble que l’essentiel n’ait été abordé qu’au dessert. En effet, avant que vienne sur la table la question de la date de mise à l’ordre du jour du Sénat, différents sujets auraient été abordés. D’ailleurs, rien ne pressait vu qu’il est ressorti que du fait d’un « embouteillage » de l’agenda de la Commission des lois du Palais du Luxembourg, le Projet de loi constitutionnelle ne pouvait s’y faire une petite place à la page mai, et que rien n’assurait encore qu’en juin, une case lui serait accordée. Donc rien de certain d’autant qu’en juin, les sénateurs porteront le gros de leur attention à la désignation des délégués pour les élections sénatoriales qui auront lieu en septembre. Ce qui conduit à augurer (ou craindre si l’on ressent une légitime impatience) qu’au mieux, l’examen par les sénateurs du Projet de loi constitutionnelle ne pourra avoir lieu qu’en octobre. Au vu de tout cela, et même s’il est fait diligence du côté de l’Assemblée Nationale, il faudra beaucoup prier pour que le Congrès de Versailles en charge de la révision constitutionnelle se mettent rapidement d’accord pour adopter un texte dans les mêmes termes. Et si cela devait arriver, recueillir 3/5e des députés et sénateurs sur fond de campagne présidentielles n’est en rien assuré. Consternation.
Gesticulation à Bastia
Tout juste élu, alors qu’il présidait son premier conseil municipal, Gilles Simeoni, après l’avoir protocolairement et brièvement passée, a retiré l’écharpe tricolore, puis plusieurs adjoints ont refusé de la porter. Ces gestes symboliques ont été présentés comme le rappel d’un engagement nationaliste et autonomiste, et pu être interprétés comme une marque de mécontentement du fait du report par le Sénat en juin, octobre ou aux Calendes grecques, de l’examen du Projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il est douteux que tout ceci ait été appréciés à Paris. Bien que Gilles Simeoni ait pris la précaution d’indiquer que cela ne s’inscrivait pas dans une hostilité ou un affront à la République et qu’il respectait les symboles de Marianne : « Voici douze ans, le samedi 5 mars 2014, j’avais fait le choix de porter symboliquement l’écharpe tricolore, et expliquais ainsi ce choix dans mon discours d’installation : dans quelques minutes, un nationaliste corse, en sa qualité de maire de Bastia, ceindra l’écharpe tricolore pour rendre un hommage solennel à nos morts, qui sont les morts de chaque famille corse [...] Je disais à l’époque : il reste beaucoup à faire, le chemin sera encore long, incertain, parsemé d’obstacles et d’embûches, mais les plus longues marches commencent par un pas, et ce pas nous l’avons fait ensemble [...] Douze années ont passé depuis que j’ai prononcé ces mots [...] Le port de l’écharpe tricolore était, au-delà du message de réconciliation adressé aux Corses, une manière de dire à l’État que notre combat n’est pas contre la République française, dont nous respectons les symboles et partageons les valeurs universelles qui sont aussi celles de la Corse […] Le port bref de cette écharpe tricolore en 2026 est cette fois-ci une façon de rappeler à l’État qu’après les douze années qui viennent de s’écouler, le moment est venu pour lui de donner sa réponse.» Compréhensible impatience mais la gesticulation était-elle vraiment nécessaire ? D’autant que depuis un certain épisode concernanr des drapeaux, il est connu qu'Emmanuel Macron est très à cheval^poir ce qui es du respect des symboles de la République. Et très rancunier... Consternation.
Pierre Corsi
crédit photo : JDC