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Iran : une guerre attendue mais aux conséquences incertaines

Le conflit déclenché fin février s’inscrit dans une trajectoire annoncée depuis plusieurs semaines.

Iran : une guerre attendue mais aux conséquences incertaines


Le conflit déclenché fin février s’inscrit dans une trajectoire annoncée depuis plusieurs semaines. Cette guerre n’est plus un échange symbolique, mais une opération structurée visant à frapper simultanément les centres de commandement et les capacités militaires iraniennes. Aujourd’hui, les principaux responsables iraniens ont été tués mais l’appareil répressif reste puissant et surtout a terrorisé la population en tuant près de trente mille manifestants il y a peu. En tout état de cause, le sort infligé à ces bourreaux de leur propre peuple ne saurait indigner que les descendants de ceux qui en 1939 s’opposaient à l’assassinat ciblé des hauts dignitaires nazis au nom des règles diplomatiques.


Quel est le plan de sortie  ? Des négociations ou le chaos  ?

Les frappes létales contre des hauts responsables iraniens marquent une tentative de décapitation stratégique. Donald Trump a évoqué la destruction des programmes nucléaire et balistique ainsi que la possibilité d’un changement de régime, tandis que Benjamin Netanyahu assume une logique d’écrasement durable de l’axe iranien et appelle le peuple à la révolte. Mais on ignore le plan de sortie ? Infliger des dégâts majeurs sans renverser le régime expose à un enlisement. C’est pourquoi Israël a appelé le peuple iranien à abattre le régime. Oui mais comment ? Et avec quelles armes ?


L’Iran entre riposte directe et stratégie du coût

Contrairement aux précédents épisodes, Téhéran a réagi rapidement, en tirant des missiles vers Israël et vers des bases américaines dans le Golfe se mettant ainsi à dos les pétromonarchies qui pourtant s’étaient opposées à l’opération. Le déséquilibre militaire est manifeste, mais la stratégie iranienne ne repose plus sur la symétrie. Elle consiste à rendre la guerre politiquement et économiquement coûteuse pour Washington.
La menace sur le détroit d’Ormuz constitue un levier majeur : son blocage pourrait provoquer une hausse brutale des prix de l’énergie, fragilisant les alliés du Golfe et pesant sur l’économie mondiale. L’Iran peut aussi miser sur la durée, espérant que des pertes humaines américaines retournent une opinion publique déjà réticente.

Les proxies : cartes maîtresses, mais affaiblies

L’article insiste sur la question décisive des alliés régionaux de Téhéran. Le Hezbollah demeure la carte la plus redoutée, mais il n’est plus ce qu’il était. Une entrée en guerre totale serait perçue au Liban comme une opération suicide. L’organisation a menacé d’intervenir si la survie du régime iranien était en jeu, mais le coût militaire et politique serait colossal.
Les Houthis peuvent perturber la navigation en mer Rouge et frapper symboliquement Israël, tandis que les milices chiites irakiennes disposent d’une capacité de harcèlement contre les bases américaines. Quant au Hamas, affaibli à Gaza, il conserve des relais en Cisjordanie. L’élargissement horizontal du conflit est vraisemblable.

La fin du Ramadan, moment de bascule

L’un des points aveugles réside dans la dynamique palestinienne. La fin du Ramadan concentre traditionnellement tensions religieuses et mobilisations populaires autour des lieux saints de Jérusalem. Dans un contexte de guerre régionale, une flambée en Cisjordanie pourrait agir comme catalyseur.
Un soulèvement local, combiné à une activation partielle des proxies, transformerait un affrontement bilatéral en crise régionale diffuse. Les régimes arabes engagés dans des processus de normalisation avec Israël subiraient alors une pression intérieure accrue.

Entre démonstration de force et risque d’embrasement

La coalition américano-israélienne cherche à écourter la guerre ; mais plus les frappes menacent la survie du régime iranien, plus celui-ci peut être tenté d’élargir le conflit. Si Téhéran choisit l’escalade maximale, la guerre pourrait dépasser le cadre iranien pour s’étendre aux marges palestiniennes et au théâtre maritime. Si, au contraire, il privilégie la survie interne, il pourrait opter pour une riposte calibrée et ouvrir des négociations.
La période post-Ramadan, à partir du 26 mars, apparaît ainsi comme une fenêtre critique. Elle peut rester un moment de tension contenue ou devenir le point d’embrasement d’un Moyen-Orient déjà profondément reconfiguré depuis octobre 2023. Une grande partie de la réponse est aux mains des Iraniens eux-mêmes. Vont-ils trouver l’énergie et les moyens de s’affronter aux Gardiens de la Révolution qui n’ont plus grand-chose à perdre et qui risquent fort d’être plus sauvages encore que précédemment ?


GXC
illustration : D.R
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