Per a Lingua, per a Patria : l'esempiu bascu
Au Pays Basque, la volonté et la capacité du peuple basque de se mobilier ne faiblissent pas.
Per a Lingua, per a Patria : l'esempiu bascu
Au Pays Basque, la volonté et la capacité du peuple basque de se mobilier ne faiblissent pas. C’est vérifiables dans le cadre des luttes politiques ou sociales. C’est vérifiable lors de deux événements devenus traditionnels : la Korrika et l'Aberri Eguna.
Depuis la victoire historique de décembre 2015 qui a permis l’accession et le maintien encore aujourd’hui du nationalisme aux commandes de la Collectivité Territoriale de Corse devenue, depuis janvier 2018, la Collectivité de Corse, les grandes mobilisations populaires sont rares. Celles survenues après l’assassinat d’Yvan Colonna ont presque représenté l’exception qui confirme la règle. Les acteurs de la société corse et le peuple corse délèguent ou abandonnent l’expression de leurs revendications et leur destin à leurs représentants institutionnels. Au Pays Basque, la volonté et la capacité du peuple basque de se mobilier massivement ne faiblissent pas. C’est vérifiable dans le cadre des luttes politiques ou sociales. C’est vérifiable lors de deux événements devenus des célébrations traditionnelles : la Korrika et l'Aberri Eguna. Deux exemples à suivre et qui font pâlir d’envie.
La Korrika : courir pour la langue basque
La Korrika est une course pédestre de relais en faveur de la sauvegarde et de la promotion de la langue basque. Elle est un évènement bisannuel. La première édition a eu lieu en 1980, la dernière en date a eu lieu il y a quelques jours (24ème édition). La Korrika traverse les sept provinces, situées en France (3) et en Espagne (4), revendiquées par le nationalisme basque. La Korrika dure une dizaine de jours. Le parcours étant modifié lors de chaque édition, la distance parcourue est variable (2175 km lors de l’édition de cette année).
La Korrika est organisée par l'association AEK (coordination des cours de basque aux adultes) qui a été créée en 1976 afin de sauvegarder la langue basque et de faire progresser le nombre de bascophones, principalement en développant l'enseignement aux adultes de la langue basque, et qui intervient côté francais et côté espagnol. Les relayeurs achètent le nombre de kilomètres de leur choix. L'argent récolté sert à financer le fonctionnement de l’AEK. Les relayeurs se transmettent un témoin orné d'un drapeau basque (lekukoa), à l'intérieur du témoin a été placé un message de soutien à la langue basque qui est rendu public à l'arrivée par son auteur (généralement le dernier relayeur).
Des fêtes, concerts et conférences sont organisés dans les villes et villages traversés. Ce qui permet l’implication de dizaines de milliers d’individus. La Korrika 2026 a eu lieu du 19 au 29 mars dernier. Départ en Iparralde (territoire basque côté francais) à Tardets-Sorholus. Arrivée en Hego Euskal Herria (territoire basque côté espagnol), à Bilbao (Bilbo). Les organisateurs de la Korrika considèrent que la langue basque est un facteur unificateur du peuple basque mais aussi d’intégration. En ce sens, avant que soit donné le départ de l’édition 2026, il a été dévoilé le slogan identitaire de l’édition (Euskara gara, Nous sommes la langue basque) puis délivré ce message inclusif : « La langue basque peut nous rassembler toutes et tous car elle n’est pas une frontière mais un souffle.
L’euskara doit être cultivé comme un pont. Nous voulons qu’il soit la langue commune de toutes et tous les habitants du Pays basque, un outil de cohésion sociale.» L’argent perçu lors de la Korrika 2026 servira notamment au financement des ikastola (écoles en langue basque) du sud de la Navarre, province considérée comme basque par les abertzale (nationalistes basques) mais où une partie de la population se reconnaît uniquement navarraise, où le nationalisme basque n’est pas majoritaire au sein du Parlement de Navarre (organe législatif de la Communauté forale de Navarre) et où l’euskara (langue basque) n’est pas reconnue comme langue officielle. Il convient cependant de souligner que la notoriété et la popularité de la Korrika, ainsi que l’influence d’EH Bildu (gauche indépendantiste basque) - qui compte 9 députés sur 50 au Parlement de Navarre, dont le soutien sans participation permet à la gauche non nationaliste (21 députés) de rester aux pouvoir d’un courte tête (la droite compte 20 députés) - font que le gouvernement de Navarre a participé « d’une manière ou d’une autre aux différentes éditions de la Korrika ». Deux membres du gouvernement de Navarre ont d’ailleurs participé à la course et ont même recu le témoin (lekukoa) des mains de relayeurs d’EH Bildu. Par ailleurs, le gouvernement navarrais a alloué 20 000 euros à la Korrika sur proposition de EH Bildu. Ce qui a suscité la colère de la droite. Les 20 000 euros ont notamment financé deux projets théâtraux en langue basque sur le parcours de la Korrika en Navarre : une comédie, un monologue humoristique.
L'Aberri Eguna (Jour de la Patrie)
L'Aberri Eguna (Jour de la Patrie) est une célébration qui a lieu traditionnellement chaque dimanche de Pâques aussi bien en Iparralde (territoire basque côté francais) qu’en Hego Euskal Herria (territoire basque côté espagnol). La première célébration de l’Aberri Eguna a été organisée à Bilbao, le 27 mars 1932, par le Parti Nationaliste basque. Elle a pour origine la révélation de nature presque divine de son identité et de son appartenance basques ressentie par Sabino Arana Goiri. En effet, en 1882, cette figure tutélaire du nationalisme basque aurait subitement réalisé être basque et non espagnol au cours d’une conversation avec son frère. Cet événement est considéré par les abertzale (nationalistes basques) comme l’acte de naissance du nationalisme basque. Le choix du dimanche de Pâques 1932 pour le célébrer la première fois, a relevé d’une volonté du Parti Nationaliste Basque de lui conférer une dimension à la fois politique et religieuse. Cela permettait en effet de lier la résurrection du Christ à la vision de la renaissance de la Nation basque. Il était ainsi attribué à Sabino Arana Goiri, une véritable dimension messianique et cela consolidait l'influence du catholicisme au sein du nationalisme basque (le Parti Nationaliste Basque était, et est d’ailleurs resté, plutôt conservateur et catholique), face au sécularisme de la gauche, des anarchistes et de la Seconde république espagnole ayant été proclamée quelques mois plus tôt. L'Aberri Eguna met en exergue la personnalité de Sabino Arana Goiri dont par ailleurs le Parti Nationaliste Basque célèbre chaque année les dates de la naissance, de la disparition et plusieurs étapes majeures de l’action politique. La célébration de Pâques 1932 a donné lieu à une manifestation qui rassemblé plus de 60 000 personnes à Bilbao (qui comptait alors 160 000 habitants). Jusqu'en 1935, la célébration de l’Aberri Eguna a eu lieu dans une ville différente chaque année (Saint-Sébastien, Vitoria, Pampelune). La dictature franquiste l’a interdite en Hego Euskal Herria (territoire basque côté espagnol). Elle a cependant continué en Iparralde (territoire basque côté francais) où s’étaient réfugiés des membres du gouvernement basque et du Parti Nationaliste Basque. En 1963, le premier parti politique abertzale implanté en France, Enbata, a d’ailleurs été fondé à l'occasion de l'Aberri Eguna. Des célébrations clandestines ou sans autorisation ont été organisées à partir des années 1960 en Hego Euskal Herria (territoire basque côté espagnol) et fréquemment utilisées par les militants d'ETA comme tribunes de diffusion publique de leurs messages. Elles ont fait l’objet d'une répression violente et quelquefois meurtrière. Pendant la période ayant suivi le décès du général Franco et d’instauration d’institutions démocratiques, la célébration de l’Aberri Eguna a de nouveau été autorisée en Hego Euskal Herria (territoire basque côté espagnol). Le 17 mars 1978, elle a rassemblé environ 200 000 personnes (nationalistes mais aussi membres de syndicats et de partis politiques de gauche) dans les capitales des quatre provinces basques. Depuis, la célébration a lieu chaque année, le jour de Pâques. Les divisions du mouvement abertzale(entre partisans et opposants à ETA) ont cependant parfois conduit à l'organisation de rassemblements concurrents. Cette année, en Iparralde (territoire basque côté francais), la célébration de l’Aberri Eguna a eu lieu le 5 avril à Bayonne. Elle a été unitaire, quoique que la participation d’élus, militants et sympathisants d’EH Bai (gauche nationaliste basque) ait été dominante. Plus d’un millier de personnes ont défilé. En Hego Euskal Herria (territoire basque côté espagnol), la célébration a réuni des milliers de personnes lors de rassemblements dans les provinces et une imposante manifestation a eu lieu à Irun, avec une présence forte de Eh Bildu (gauche indépendantiste basque).
Trois outils majeurs au service de la langue basque
AEK (pour des cours de basque aux adultes)
La fédération AEK (Alfabetatze Euskalduntze Koordinakundea)n qui par ailleurs organise la Korrika, dispense des cours de langue basque aux adultes. AEK est implantée dans les sept provinces basques. Son objectif général est de redonner à l'euskara (langue basque) sa fonction de vecteur de communication quotidienne. C’est cette perspective qui a déterminé le choix de cibler les adultes. En effet, l'apprentissage et la pratique de la langue par les adultes conditionnent d'autres facteurs sociologiques comme la transmission familiale, la motivation des enfants scolarisés dans les filières d'enseignements bascophones ou bilingues. AEK s’emploie à former un maximum de basques-parlants dans un minimum de temps. Ce qui appelle un enseignement basé sur une pédagogie moderne et une méthodologie fonctionnelle qui priorisent non pas la connaissance théorique de la langue mais sa pratique orale. Ce qui détermine le recours à un apprentissage organisé selon trois niveaux qui répondent à trois publics : initiation pour les personnes qui n’ont aucune connaissance de la langue ; perfectionnement pour les personnes qui ont parlé la langue en famille et en ont perdu la pratique ; alphabétisation pour les personnes qui veulent se perfectionner, travailler l'écrit, lire sans difficulté et bien maîtriser la langue. En Ipparralde (territoire basque côté francais), les cours sont dispensés en journée ou en soirée à raison de 4 à 6 heures par semaine (120 /180 heures). 1200 élèves peuvent être accueillis. Des stages intensifs en internat d’une semaine jusqu'à 4 mois sont suivis par 200 à 250 personnes chaque année. Par ailleurs, des cours spécifiques sont organisés pour les agents et élus de plusieurs collectivités territoriales. En Hego Euskal Herria (territoire basque côté espagnol), près de 500 enseignants, professionnels, donnent des cours à plus de 8000 personnes dans les 200 centres que compte la fédération.
Fédération SEASKA
La première ikastola a été ouverte en 1969. Aujourd’hui au nombre de 39, dont un lycée et quatre collèges, les ikastola d'Iparralde (territoire basque côté francais) sont toutes adhérentes de la fédération SEASKA (le berceau). Elles scolarisent en classe immersives 4300 élèves .Chaque parent a la possibilité de s'impliquer pleinement dans la vie de l'association locale qui gère l'école de son/ses enfant(s), mais également au niveau de la fédération SEASKA d'où s'initient les actions de structuration et de développement de l'ensemble des ikastola.
Annuaire des acteurs de la transmission de la langue basque
Cet annuaire général référence les différents acteurs de la transmission de la langue basque sur le territoire : crèches, assistants maternels, écoles, collèges, lycées, centres de loisirs, cours pour adultes. Afin de faciliter le repérage, il est organisé par secteur géographique : https://www.communaute-paysbas...
Photos
Korriika en Ipparalde / Crédit photo : EH Bai
Korrika en Hego Euskal Herria / Crédit photo : EH Bildu
Relayeuse avec le témoin orné d'un drapeau basque / Crédit photo : EH Bildu
Aberri Eguna (Jour de la Patrie) / Crédit photo : EH Bildu