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Le parlement israélien aux mains de l’extrême droite raciste

Il est des lois qui prétendent protéger un État et qui, en réalité, en fragilisent les fondements.

Le parlement israélien aux mains de l’extrême droite raciste

Il est des lois qui prétendent protéger un État et qui, en réalité, en fragilisent les fondements.
≈ Celle adoptée le 30 mars par la Knesset appartient à cette catégorie. En instaurant la possibilité de la peine de mort pour des Palestiniens reconnus coupables d’actes qualifiés de terroristes, prend le risque de se délégitimer durablement, et de jouer contre lui-même. Je ne parle pas ici en adversaire d’Israël. Bien au contraire. C’est précisément pour cette raison que cette loi m’inquiète : elle rompt avec ce qui faisait la singularité israélienne au sein d’un environnement régional où la peine capitale est banalisée.

Une rupture juridique lourde de sens

Le texte porté par le parti d’extrême droite Otzma Yehudit introduit une logique de différenciation assumée. Pour des faits comparables, deux régimes coexistent. Les Palestiniens encourent la mort. Les Israéliens, eux, restent exposés à des peines de prison. Ce n’est pas une dérive marginale : c’est le cœur du dispositif. Dans les territoires occupés, cette asymétrie est encore plus marquée. Les Palestiniens relèvent de juridictions militaires, où la condamnation peut intervenir à la majorité simple, sans garanties comparables à celles du droit civil. L’exécution, elle, est prévue dans un délai court, sans véritable possibilité de recours politique. On est loin de l’image d’un État de droit scrupuleux, longtemps revendiquée par Israël. Cette évolution rompt avec une tradition. Depuis l’exécution d’Adolf Eichmann en 1962, Israël avait renoncé à appliquer la peine de mort, y compris dans des contextes de violence extrême. Ce choix n’était pas un signe de faiblesse, mais une affirmation de supériorité morale. En y renonçant aujourd’hui, l’État abandonne un marqueur essentiel de son identité politique.

Une illusion de dissuasion

Les promoteurs de la loi invoquent la dissuasion. Rien, dans l’histoire contemporaine, ne démontre que la peine capitale freine durablement le terrorisme. Elle produit souvent l’effet inverse et nourrit les récits de martyrs. Le précédent de la guerre d’Algérie est, à cet égard, éclairant. Lorsque la France choisit d’exécuter des membres du FLN, sous l’autorité du garde des Sceaux François Mitterrand, elle pensait restaurer l’ordre. Elle a en réalité alimenté une escalade et la généralisation de la torture. La victoire militaire elle-même est devenue politiquement stérile est s’est achevée par l’indépendance. Israël sous la pression de ses ultras s’engage aujourd’hui sur une pente comparable. En introduisant la peine de mort dans un conflit déjà saturé de symboles, il renforce l’idée d’une guerre existentielle, sans issue négociée possible.

Se tirer une balle dans le pied

Le danger le plus profond est ailleurs. En adoptant une loi perçue comme discriminatoire, Israël offre à ses adversaires un argument puissant. Il alimente les campagnes de délégitimation, renforce les mouvements hostiles et fragilise ses soutiens traditionnels. Plus grave encore, il prend le risque d’une contamination planétaire du conflit. Si, demain, des groupes se réclamant de la cause palestinienne décident de s’en prendre indistinctement à des Juifs à travers le monde, une spirale incontrôlable pourrait s’enclencher. L’antisémitisme, déjà en progression dans de nombreux pays, trouverait là un carburant supplémentaire. Le résultat serait paradoxal : une insécurité accrue pour les Juifs hors d’Israël, et un afflux vers un pays lui-même de plus en plus durci. C’est ainsi que les logiques de radicalisation se nourrissent les unes les autres. Et, progressivement, chacun se transforme en ce qu’il prétend combattre.

Un glissement politique inquiétant

Il serait évidemment faux de qualifier Israël de régime fasciste. Le pays conserve des contre-pouvoirs, une vie démocratique, des oppositions réelles. Et cette loi a des chances d’être retoquée par la Cour suprême. Mais certaines lois, désormais, portent en elles une logique qui s’en rapproche : celle d’un droit subordonné à une idéologie, celle d’une hiérarchisation des vies selon l’appartenance ethnique ou religieuse comparable à celui des pays islamistes. Le déplacement du centre de gravité politique est manifeste. Ce qui relevait hier de l’extrême devient aujourd’hui gouvernemental. La peine de mort devient un outil revendiqué, assumé, intégré à une vision du conflit fondée sur la punition et la vengeance. Israël croit se protéger. Il prend le risque de s’abîmer. Car un État ne se juge pas seulement à sa capacité à se défendre, mais à la manière dont il le fait. En franchissant cette ligne, il ne gagne pas en sécurité. Il perd une part de ce qui faisait sa force : la conviction d’incarner autre chose que la loi du talion.

GXC
Crédit illustration : D.R
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